Par Candice Crausaz et Eduard de Morais
Contributions à venir…
Par Candice Crausaz et Eduard de Morais
Contributions à venir…
par Julien Richoz

Propos d’avant-spectacle : [29 mars 2026]
Bruits et images entre les arbres : quand le théâtre sort du cadre
Avez-vous déjà pensé à assister à une pièce de théâtre en plein air ? C’est entre les arbres, dans le périmètre du théâtre de Vidy à Lausanne, que cela se passera. Du jeudi 30 avril au samedi 2 mai 2026, les trois représentations d’Ultraficción nr. 1 / Fracciones de tiempo (Ultrafiction n°1 / Fractions de temps), sous l’égide du collectif El Conde Torrefiel, n’attendent que vous.
En 2010, Tanya Beyeler et Pablo Gisbert créent le projet El Conde Torrefiel. Tanya Beyeler a vécu en Suisse jusqu’à ses vingt ans avant de partir en Espagne, où elle obtient un diplôme en dramaturgie. Pablo Gisbert a, de son côté, non seulement été diplômé en dramaturgie, mais il a aussi étudié la philosophie à Madrid. À la croisée de la littérature, des arts visuels et de la chorégraphie, leur travail explore le présent à travers une réflexion sur le langage, l’image et les tensions entre sphères personnelle et politique. Conçu comme une suite d’hypothèses sur notre époque, le projet interroge notamment les formes contemporaines de totalitarisme et d’aliénation. Depuis sa création en 2010, la compagnie s’est rapidement imposée sur la scène espagnole avant de s’ouvrir à l’international. Elle est aujourd’hui programmée dans de nombreux festivals et lieux majeurs en Europe ainsi qu’en Amérique latine, ce qui témoigne de son rayonnement croissant.
A propos de cette dernière création, la page internet du Théâtre de Vidy parle, entre autres éléments intrigants, d’une bande sonore immersive éveillant sensations et images, de divers récits mêlant une fête, un avion de chasse et des migrants en mer. Cela laisse présager que l’œuvre sera éloignée d’une pièce de théâtre standard, au-delà du simple fait qu’elle se déroulera en extérieur. On peut s’attendre à être déstabilisé, voire surpris par une forme peu conventionnelle. Peut-être sera-t-elle également politisée ? C’est ce que l’on peut éventuellement supposer lorsque l’on sait qu’il est question de migrants en mer et de critique des formes contemporaines de totalitarisme.
Nous espérons une œuvre originale, déroutante et surprenante, qui change de ce que l’on est habitué à voir lors d’une sortie au théâtre ordinaire, et qui saura nous marquer durablement. Nous nous attendons à vivre une expérience immersive, où le spectateur est autant invité à ressentir qu’à comprendre. Peut-être que les images et les sons évoqués viendront bousculer nos repères et susciter des émotions contrastées… Nous sommes également curieux de voir comment les différents récits annoncés vont s’entrelacer pour donner du sens à l’ensemble, si sens il y a.
Par Joanne Grand et Julie Perroud

Propos d’avant-spectacle : [27 mars 2026]
Thésée : le labyrinthe hanté
Le 24 avril, nous aurons le plaisir de nous rendre au théâtre de Vidy pour assister à Thésée, sa vie nouvelle, une création aux accents de chant funèbre. Nous avons choisi cette pièce en raison de son titre énigmatique, à la fois mystérieux et évocateur, qui laisse imaginer un lien possible avec le mythe grec et peut‑être une forme de renaissance après l’épreuve. Cela nous amène à nous interroger sur le choix du nom Thésée et sur le sens de cette « nouvelle vie ».
Guy Cassiers relève ici le défi d’adapter le roman éponyme de Camille de Toledo, en s’appuyant sur divers dispositifs visuels et sonores pour enrichir l’expérience du public. Finaliste du prix Goncourt 2021, le roman plonge le lecteur dans le labyrinthe de la vie de Thésée, marqué par le suicide de son frère et la mort rapprochée de ses parents, événements qui le paralysent et s’entremêlent à de grandes dates du XXe siècle.
Pour transposer ce récit sur scène, Guy Cassiers fait appel à Valérie Dréville, habituée du théâtre de Vidy, qui incarnera seule Thésée et les différentes figures du roman grâce à des outils numériques.
À la suite de nos recherches, nous nous attendons à découvrir une pièce bouleversante. Nous sommes curieuses d’observer comment Valérie Dréville occupera seule l’espace scénique et comment la collaboration avec Cassiers se traduira sur scène. Nous avons également hâte de voir de quelle manière les images, les archives et le dispositif sonore dialogueront avec son jeu pour rendre la densité du texte de Camille de Toledo.
Faisons donc cap sur le labyrinthe pour découvrir ce que Thésée nous réserve !
Par Eduard de Morais et Baptiste Rittener

Propos d’avant-spectacle : [3 février 2026]
Une ambassade pas comme les autres
Du 24 au 28 février, la pièce Ceci n’est pas une ambassade sera jouée au théâtre de Vidy. Cette pièce, créée par Stefan Kaegi en collaboration avec le Théâtre National de Taïwan, portera sur la question de l’indépendance de Taiwan vis-à-vis de la Chine, un sujet datant de plusieurs décennies mais qui est très d’actualité.
Sur la scène se trouveront trois Taïwanais de générations et de milieux différents : une activiste digitale, un ancien diplomate, et une musicienne héritière d’une entreprise de bubble tea. Vous l’aurez bien compris, ce ne sont pas des comédiens, mais des représentants de la société civile taïwanaise. On pourra s’attendre à des points de vue internes et très différents qui résumeront bien l’avis de la population taïwanaise en son ensemble. Le titre, Ceci n’est pas une ambassade (Made in Taiwan), fait penser à l’œuvre de René Magritte Ceci n’est pas une pipe. A l’image de la pipe qui est juste une image, l’ambassade qui va être créée sera uniquement fictive et ne reflètera pas la réalité. En effet, le pays de 23 millions d’habitants, vingtième économie mondiale, n’est toujours pas reconnu, et n’a donc pas d’ambassade.
Le metteur en scène, Stefan Kaegi, est l’un des 3 membres fondateurs du collectif de théâtre berlinois Rimini Protokoll. Ce groupe est connu dans le monde entier pour un théâtre très original et expérimental, loin du théâtre classique. Ils produisent souvent du théâtre documentaire, à l’image de la tétralogie State 1-4, mettant en scène des pièces politisées. Il faudra donc s’attendre à une pièce véhiculant un discours engagé sonnant comme un message d’alarme.
A l’heure où les relations diplomatiques volent en éclat et où l’avenir est incertain, cette pièce rappelle l’importance des ambassades, car c’est quand on manque de quelque chose que l’on voit l’importance que cette chose a. On peut s’attendre à une pièce riche en émotions, véhiculées par des personnes au cœur de cette problématique. Reste à savoir si Stefan Kaegi réussira son pari de mettre sur scène des acteurs de la vie quotidienne qui n’ont aucune expérience de comédien. Alors rendez-vous à Vidy pour une expérience enrichissante, passionnante, et dépaysante.
Propos d’après-spectacle : [5 mars 2026]
Une ambassade imaginaire pour une question réelle
En créant une ambassade au théâtre de Vidy à Lausanne, Chiayo Kuo, Debby Szu-Ya Wang, et David Chienkuo Wu, sont devenus les ambassadeurs de la détresse de 23 millions de Taïwanais. 23 millions d’hommes et de femmes exclus de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et par là aussi du monde de la diplomatie. À travers une performance très variée incluant musique, danse et chant, ces trois personnalités, aussi touchantes les unes que les autres, ont délivré un message à la fois intime et politique.
Cette pièce s’est notamment distinguée par la diversité des supports utilisés. Grâce à un système de caméras projetant des parties de la scène sur une grande toile, Chiayo Kuo a pu expliquer l’histoire tumultueuse de Taïwan en dévoilant progressivement des images imprimées. Cette mise en scène a donné un air de téléjournal, ce qui renforçait le propos.
Il fallait cependant veiller à ne pas transformer la pièce en exposé historique, ce qui a été évité avec brio. En effet, le metteur en scène Stefan Kaegi a réussi à garder un parfait équilibre entre la partie historique et la dimension artistique de la représentation. En alternant explications historiques et moments de musique, de danse, et de chant, le spectacle maintient l’attention du public. Cet équilibre a donné une fluidité et un rythme à la représentation qui n’a pas paru longue.
Ceci n’est pas une ambassade n’est pas seulement une pièce qui explore la question de l’identité, mais aussi celle des générations, en mettant en scène deux visions radicalement opposées. David Chienkuo Wu, septuagénaire, partage la scène avec Chiayo Kuo et Debby Szu-Ya Wang, nées dans les années 1990. Le contraste entre leurs visions de l’avenir de Taïwan éclaire la complexité du débat. Là où une partie de l’ancienne génération privilégie un rapprochement avec la Chine continentale, la jeune génération revendique davantage l’indépendance, consciente des risques que cela implique, y compris celui d’un conflit armé.
Finalement, le risque de mettre sur scène des Taïwanais n’ayant jamais foulé les planches auparavant s’est avéré payant. En incarnant leur propre rôle, les trois acteurs ont apporté une authenticité rare qui a rapproché le public de la réalité taïwanaise et qui a rendu leur témoignage d’autant plus percutant.
En conclusion, Ceci n’est pas une ambassade a réussi à conjuguer pédagogie, émotion et engagement. En donnant une scène à ceux qui n’ont pas de tribune diplomatique, la pièce rappelle que l’art peut devenir un espace de visibilité et de résistance. Elle invite surtout à regarder Taïwan autrement : non plus comme un sujet géopolitique abstrait, mais comme une communauté humaine en quête de reconnaissance.
Par Arthur Dumont et Clemens Wellensiek

Propos d’avant-spectacle : [12 janvier 2026]
Un rêve contre les normes
Du 28 janvier au 1er février 2026 sera jouée au Théâtre de Vidy, à Lausanne, la pièce La Vegetariana (La végétarienne), mise en scène par Daria Deflorian.
Le titre de la pièce fait écho à une mise en scène d’origine italienne. En effet, Daria Deflorian, à l’origine de ce projet, est née dans le nord de l’Italie le 24 novembre 1959. Tout au long de sa carrière, elle a réalisé de nombreuses pièces de théâtre, des films ainsi que des ouvrages littéraires. Avec La Vegetariana, elle adapte le roman éponyme de l’autrice sud-coréenne Han Kang, œuvre qui lui a valu une renommée internationale et le prix Nobel de littérature en 2024.
Dans cette œuvre, nous suivons le parcours d’une jeune femme coréenne enfermée dans une société patriarcale et traditionaliste. À la suite d’un rêve marquant, elle décide soudainement de devenir végétarienne. Ce choix, en apparence anodin, déclenche une lutte profonde contre les différentes formes d’oppression qu’elle subit. Cette révolte s’exerce principalement face aux règles abusives du couple, de la famille, ainsi qu’aux normes sociales et aux désirs imposés, comme l’indique la page de Vidy dédiée à la pièce.
Le fait que l’intrigue s’inscrive dans une culture où la parole masculine est si dominante qu’un simple écart peut s’avérer fatal laisse présager une œuvre chargée d’émotions. Nous nous attendons à ressentir, à travers le personnage principal, de la peur et de la colère, mais espérons également éprouver de la joie et de l’admiration face aux actes de résistance qu’elle accomplira.
C’est cette interrogation sur les différences culturelles entre la société coréenne représentée et celle que nous connaissons en Suisse, ainsi que la curiosité de découvrir comment une artiste italienne parvient à adapter un texte aussi dense en un spectacle qu’on espère captivant, qui nous ont poussés à aller voir cette pièce.
Propos d’après-spectacle : [9 février 2026]
Entre fascination et malaise
Après avoir vu La Végétarienne au Théâtre Vidy à Lausanne, nous avons été marqués par l’ambiance sombre et troublante de la pièce. Elle aborde des thèmes forts comme la dépression, le suicide, le changement radical de mode de vie et les fantasmes, à travers l’histoire d’une femme qui décide, du jour au lendemain, après un rêve, de devenir végétarienne.
Sur scène, il y avait quatre acteurs. Dans la première partie de la pièce, le mari était le narrateur. Il racontait la vie de sa femme, le personnage principal, une femme dépressive et suicidaire. Dans la deuxième partie, apparaissent la belle-sœur, qui n’est pas très importante dans l’histoire, et le beau-frère, qui devient alors le narrateur. Enfin, il y avait aussi le fils de la belle-sœur, mais ce personnage était fictif et n’apparaissait jamais sur scène.
La pièce se déroulait en italien. Au niveau des sons, il y avait au début une musique, puis tout au long du spectacle des sons assez mélancoliques, ce qui renforçait l’ambiance triste et pesante. La musique accompagnait bien les émotions ressenties par les personnages et plongeait le public dans l’histoire.
Le décor représentait principalement une chambre. Celle-ci comportait deux portes : l’une donnait sur une salle de bain. Le mur de cette salle de bain s’ouvrait vers le public lorsque les acteurs s’y trouvaient, ce qui permettait de voir les scènes à l’intérieur. La chambre n’était pas très bien entretenue : les murs étaient abîmés par endroits, avec de la poussière, ce qui donnait un aspect sale et négligé. Cela reflétait l’état mental de la femme.
Concernant les lumières, elles restaient presque toujours les mêmes pendant toute la pièce. L’éclairage était plutôt sombre et constant. Une lampe était toujours allumée sur scène et clignotait de temps en temps. Ce clignotement pouvait symboliser le trouble intérieur du personnage principal.
Sur un plan plus personnel, nous avons trouvé que cette pièce était bien construite et nous la recommanderions à toute personne intéressée par les thèmes abordés ci-dessus. Toutefois, certains éléments du spectacle pourraient surprendre ou choquer un public non averti, notamment en raison de la présence de nudité ainsi que de descriptions de scènes parfois marquantes.
Pour conclure, La Végétarienne est une pièce intense qui met en avant la souffrance psychologique, le malaise et les relations compliquées entre les personnages. Grâce à une scénographie simple, des sons mélancoliques et une lumière sombre, la pièce transmet fortement le mal-être du personnage principal et laisse une impression marquante.
Par Thelma Morel et Julien Richoz

Propos d’avant-spectacle : [24 décembre 2025]
Les hommes verts sur fond vert
Et si la colonisation de la planète rouge n’était plus une fiction ? C’est à Vidy qu’aura lieu le départ d’une fusée direction Mars. Venez participer à une aventure qui durera cinq jours, du 21 au 25 janvier : les Chroniken vom Mars .
On retrouve sur le site du théâtre de Vidy un teaser de la pièce. On peut deviner qu’il s’agit d’une parodie sur le tournage d’un film. La pièce fait référence aux Chroniques de Mars, un recueil de nouvelles écrit par Ray Bradbury et publié en 1950. Instigateur de l’aventure, l’auteur souhaitait absolument voir son œuvre projetée sur grand écran. Il avait ainsi mis sur papier un ensemble de 28 nouvelles, pas tant futuristes que ça, puisqu’elles concernent notre époque, de 1999 à 2026.
Les acteurs Andrea Bettini, Jean-Charles Dumay, Sébastien Jacobs, Kay Kysela, Annika Meier, Gala et Othero Winter seront les colonisateurs de la planète et nous emmèneront dans l’univers étonnant de Bradbury.
Philippe Quesne, plasticien, scénographe et metteur en scène de la pièce, est notre chef d’expédition. Il a adapté les nouvelles en les tissant entre elles grâce à des scènes intermédiaires. Il en a réalisé un film surréaliste, tourné en direct. La pièce se jouera donc sur fond vert. Quels effets ces décors auront-ils sur les spectateurs ?
En 1999, les humains débarquent chez les martiens et les effraient par leur esprit tordu. Les martiens luttent contre la menace que représentent leurs colonisateurs, mais se font assaillir par une épidémie terrible, qui décime la population : la varicelle. En 2005, une guerre nucléaire fait rage sur Terre et les humains vont porter secours à leurs compagnons, laissant les martiens en paix. Seuls quelques humains ont survécu à la boucherie et essayent de gagner leur place parmi les extraterrestres. Les humains parviendront-ils à cohabiter avec les hommes verts ?
Chères voyageuses et chers voyageurs, les ondes radio veulent nous transmettre des messages : le lyrisme de la conquête, l’exploitation aveugle des ressources, mais aussi l’idéalisme, l’avidité et les violences humaines seront ceux de la pièce. De quoi l’homme est-il capable ? Jusqu’où est-il prêt à aller ?
Le choix de notre pièce a été influencé par les photos du spectacle : des œuvres d’art contemporain, mettant en scène des hommes verts et des hot-dogs.
Nous nous attendons à assister à une pièce à l’humour décalé et délirant, et à être plongés dans une ambiance rétrofuturiste. Il reste à savoir tout de même si la pièce se veut réellement humoristique ou non. L’affiche du spectacle annonce déjà son caractère contemporain et sa touche d’absurde. Il nous tarde de voir si le concept du fond vert saura nous divertir et espérons que les sous-titres nous permettrons de saisir toutes les facéties et plaisanteries.
Propos d’après-spectacle : [30 janvier 2026]
Perdus dans les méandres martiens
Impressionnés par les acteurs, nous avons quitté nos sièges et entamé les discussions. Nous allons tenter de condenser le nombre ahurissant d’informations qu’il y a à partager sur Les Chroniques martiennes.
L’entrée en scène nous en a mis plein la vue. Comme lors d’un tournage, les acteurs, tous enfermés dans leurs costumes verts et plongés dans le silence, mettent en place le fond vert à l’aide de leurs pouvoirs « magiques ». Après s’être installés, ils tournent une première scène, qui est projetée en direct sur un écran. Ce processus sera répété tout au long de la pièce. Les hommes en vert jouent avec une fusée faite de hot-dogs, qui vient s’échouer sur un astéroïde. De cette fusée sortent des humains miniatures, des aventuriers de l’espace, qui amènent avec eux plusieurs histoires, découpées par des moments de mise en place et de discussions entre les acteurs du tournage.
En effet, nous assistons à un film, mais également à son tournage en simultané. Entre humour, action et pseudo-tragédie, les acteurs n’ont pas peur du ridicule. On peut d’ailleurs réellement parler d’acteurs, car il y a un double jeu : les comédiens incarnent des acteurs qui eux-mêmes jouent dans une série de mini-films se déroulant sur Mars.
Entièrement vêtus de vert, les acteurs revêtent leurs costumes de cinéma lorsqu’ils doivent se produire sous les feux des caméras. Leur tunique jaune, agrémentée d’accessoires, alterne entre costumes de cow-boys, de soldats ou de civils. Le metteur en scène, lui, reste bien au chaud dans son costume de scientifique, autant à l’écran qu’en arrière-plan. Nous pensons qu’il représente Ray Bradbury, l’écrivain de ces nouvelles, qui rêverait de voir son œuvre portée à l’écran.
Un bureau surveille les acteurs depuis un poste situé à gauche de la scène, et deux météorites sont disposées sur le sol vert. Le reste du décor se révèle sur l’écran de cinéma, surélevé à droite de la scène. De nombreux paysages variés verdoyants, désertiques, étoilés, une Terre inconnue ou encore l’intérieur d’une maison de grand-mère défilent selon l’action jouée.
Il s’agit d’une œuvre qui n’a clairement pas été prise très au sérieux. Aux histoires sorties de l’imagination de Bradbury ont été ajoutés un brin de moquerie et une bonne dose d’ironie. Les actions absurdes provoquent des éclats de rire, dynamisant ces deux heures de spectacle, qui peuvent néanmoins sembler un peu longues à certains moments. En effet, les mises en place des scènes de cinéma ne se font pas à la hâte. On se perd passagèrement dans l’avant-dernier film, lorsque les humains sont poursuivis par les Martiens à travers plusieurs décors. Cependant, ce moment de flottement est bref, car le dernier mini-film est très accrocheur. Entre clichés sur les doublages de reportages américains et caricatures d’Américains moyens de campagne, tout y est. Cette dernière capsule relate la « off-season » sur Mars, alors qu’aucun touriste ne vient acheter de hot-dogs à un couple de Martiens (très américanisés).
Pendant ces moments de pause, on peut admirer les techniques utilisées pour les effets de science-fiction, ainsi que le travail de la talentueuse actrice chargée des bruitages. Ces derniers sont si bien réalisés que l’on ne remarque presque pas ses efforts pour produire des effets sonores de grande qualité.
Les deux premiers acteurs, dont on ne voit que le haut du visage, incarnent des Martiens qui perçoivent déjà les humains en récitant l’un de leurs poèmes grâce à la télépathie, tout en jouant avec les effets de distance créés par la caméra.
Tout au long de la pièce, le fond vert est remplacé par de nombreux décors, terriens ou martiens, qui nous plongent dans l’ambiance et nous permettent de mieux comprendre les actions.
La langue joue également un rôle important dans cette œuvre. La grande majorité de la pièce se déroule en allemand, mais quelques courts passages sont en français et en anglais.
La musique a elle aussi toute sa place et, comme le reste des éléments de notre voyage, elle déborde d’idées. Parfois, les acteurs se mettent à chanter, à jouer de la guitare et à danser sur scène ; parfois, l’action est accompagnée d’un fond musical classique, jazzy ou issu de la chanson.
Les lumières, en revanche, changent rarement de place ou d’intensité.
Nous avons beaucoup apprécié le spectacle, qui ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer tant l’action captive notre regard. La pièce aurait toutefois pu durer un peu moins longtemps, car certaines actions se répètent.
Les hot-dogs jouent manifestement un rôle central dans cette œuvre, qui ne déborde pas d’accessoires futiles : quelques épées et armures pour les Terriens, le matériel de tournage, et surtout des objets du quotidien utilisés pour réaliser les bruitages hors caméra, comme des boîtes en plastique ou des bâtons.
Nous avons été agréablement surpris par cette performance assez contemporaine, qui peut, selon nous, plaire à un large public grâce à son côté très comique. N’étant pas nécessairement de grands amateurs de théâtre contemporain et absurde, la pièce nous a pourtant paru étonnamment cohérente et pas trop complexe.
Par Clemens Wellensiek et Eduard de Morais

Propos d’avant-spectacle : [10 novembre 2025]
Un Opéra stupéfiant ?
“Mitosis : an LSD Opera” est une comédie musicale contemporaine, imaginée par la chanteuse et performeuse américano-zurichoise Brandy Butler. Les représentations auront lieu du 4 au 5 décembre au théâtre de Vidy à Lausanne.
Brandy Butler est connue pour mêler musique et performance dans ses pièces. Il y a par exemple “Der Erste Fiese Typ” (2019), où l’artiste, forte d’un Bachelor en Jazz Performance à la “University of the Arts” à Philadelphie, a composé la musique. Elle a aussi obtenu un Master en pédagogie vocale à la « Zürcher Hochschule der Künste » en Suisse. Celaveut dire que le chant sera sûrement omniprésent durant la pièce.
Nous avons choisi cette pièce en raison de l’originalité du titre : “Mitosis : an LSD Opera”. Le LSD est une drogue qui est utilisée dans certains cadres de traitement pour lutter contre la dépression. Comment peut-on la lier avec l’opéra, un art a priori associé à la musique, au spectacle et au bonheur esthétique ?
Mais pourquoi le LSD ? En juillet 2022, Brandy Butler a perdu sa mère, celle-ci avait beaucoup souffert face à la réalité de la fin de vie. La mort est un sujet qui l’a beaucoup fascinée : comment peut-on se préparer véritablement à mourir ? Est-ce que la solution est la drogue ? Telle est la question à laquelle le spectacle répondra.
Nous nous attendons donc à une pièce atypique, émouvante, et bouleversante.
Propos d’après-spectacle : [13 décembre 2025]
LSD Opera : la drogue dans la maladie
Après avoir vu Mitosis : an LSD Opera, nous étions bouleversés par le message de la pièce. Elle soulève des questions que l’on se pose rarement sur la mort comme “Comment réagir face à une maladie qui ronge non seulement le corps, mais aussi l’esprit ?” C’est précisément ce que raconte cette performance musicale : le LSD, une drogue, est mis en avant dans cette pièce, dont l’histoire originale est peu commune. Ici, la protagoniste, une femme vivant une jeunesse comme tout le monde, pleine de fêtes, d’alcool et de bonne humeur, se retrouve du jour au lendemain confrontée à un ennemi bien connu : le cancer. Elle a 44 ans. On va la suivre dans son périple jusqu’à sa mort et voir la difficulté qu’elle aura à l’accepter.
Les personnages étaient cinq sur scène : une femme incarnait le personnage principal, une autre la psychologue qui l’accompagnera jusqu’à la mort. La malade et la psychologue ne changent jamais de rôle. Les trois autres personnages, deux hommes et une femme plus âgée, changeaient de rôle simultanément. Avant le début de la pièce, ils étaient sur scène, en train de boire et de danser ; plus tard, ils jouaient les amis de la jeune femme, puis les infirmiers en oncologie, et enfin des patients prenant du LSD pour se détendre face à la mort. Nous avons trouvé leur jeu vivant et captivant.
En revanche, il y a eu certaines scènes avec ces personnages que nous n’avons pas appréciées. Nous trouvons que les cinq comédiens jouaient bien leurs rôles, même si certaines parties pouvaient être sujettes à discussion et pourraient choquer certaines personnes. Nous pensons notamment à un personnage masculin qui commençait à se déshabiller et à danser de manière érotique, ce que nous n’avons absolument pas compris ni apprécié, cela n’avait aucun rapport avec la pièce.
Toutes les paroles échangées entre les personnages étaient chantées, en anglais. La manière dont chantaient les comédiens s’adaptait parfaitement aux scènes jouées : ils prenaient un ton plus joyeux lors des moments où la bonne humeur et l’envie de vivre du personnage principal étaient encore présentes, surtout au début. Mais, à mesure que l’on avançait dans la pièce, les tons changeaient et la musique devenait toujours plus triste et mélancolique. Le fait que toutes les paroles soient chantées nous plongeait complètement dans l’histoire et nous emportait avec elle, car les comédiens chantaient très bien.
La scénographie s’articulait en trois parties. Au début, la jeune femme vit dans la bonne humeur, dans une chambre décorée comme un salon, où elle s’amuse avec ses amis, reflétant son insouciance. Ensuite, la pièce nous plonge dans une chambre d’hôpital avec un lit, symbolisant la gravité de sa maladie. Cette transformation nous a montré que du jour au lendemain, tout peut basculer. Enfin, dans la dernière partie, les murs se replient sur les côtés, illustrant le cœur oppressé par la peur de la mort. À la fin, lorsque la protagoniste meurt, les murs s’ouvrent à nouveau, laissant place à un sentiment de libération.
Le spectateur pouvait suivre le texte (en anglais et en français) sur deux écrans qui faisaient partie de la scénographie, il y voyait aussi des images. À la fin, quand l’héroïne meurt, un grand tissu blanc est déplié, sur lequel défileront tous ses souvenirs, ce sont les sept minutes avant la mort. Plusieurs photos de la défunte sont partagées, ainsi que des vidéos venant des réseaux sociaux, qui, à notre avis, voulaient montrer à quel point aujourd’hui ces réseaux prennent de la place et ont un impact dans nos vies.
Les lumières changeaient de couleur au fil des diverses parties du spectacle : lors de la première partie, où la protagoniste n’est pas encore atteinte du cancer, les lumières sont claires ; lorsqu’elle est atteinte du cancer, on remarque des lumières plus sombres, qui représentent, à notre avis, le trouble mental et l’obscurité d’esprit.
Pour conclure, Mitosis : an LSD Opera est une œuvre qui nous a marqué, car le lien avec la mort est fort, et nous nous étions vraiment projetés dans la vie du personnage principal, on vit sa maladie et sa mort avec elle. Cette pièce aide à comprendre le cancer et la mort, mais surtout à voir comment les personnes atteintes de cette maladie se sentent, surtout les jeunes personnes. Cette pièce soulève aussi des questions philosophiques : “À quoi sert la vie, si c’est pour mourir jeune ?”, “comment vivre pleinement, en sachant que la fin peut survenir à tout moment ?” Ce qui est arrivé à cette jeune femme peut arriver à n’importe qui à n’importe quel moment, même à nous.
Par Joanne Grand et Sarah Schwendimann

Propos d’avant-spectacle : [29 octobre 2025]
L’Espace entre nous
Le théâtre de Vidy accueillera sur son plancher, du 13 au 23 novembre, la pièce La Distance, écrite et mise en scène par le très connu et talentueux Tiago Rodrigues, grande figure du théâtre contemporain.
Dans cette pièce, Adama Diop et Alison Dechamps joueront la fille et son père, séparés par des millions de kilomètres. En effet, l’intrigue se déroule en 2077 lorsque les humains auront su transformer les films de science-fiction en réalité : la moitié des hommes se sont désormais établis sur la planète rouge tandis que l’autre partie, fragile et précaire, est condamnée à errer sur la planète bleue. Les quelque 225 millions de kilomètres séparant le père et la fille représentent un obstacle quant à leur communication. Comment continuer à maintenir une relation quand autant d’étoiles que de kilomètres nous séparent ?
Cette pièce nous a intriguées, tout particulièrement en raison de son metteur en scène. Notre professeur de Français nous avait mentionné son nom après être allé voir Catarina et la beauté de tuer des fascistes. Nous avons trouvé son œuvre originale et notre professeur a réussi à éveiller notre curiosité.
En quelques clics, nous avons constaté la célébrité de Tiago Rodrigues puisque le Portugais est le président du festival d’Avignon ! Nous nous attendons donc à une grande performance. Nous espérons que la pièce abordera des thèmes actuels, comme le changement climatique, même si l’intrigue se déroule dans le futur. Nous nous attendons à être touchées car des millions de kilomètres ne sont pas nécessaires pour défaire des liens et mettre à mal une relation… Nous sommes curieuses de savoir comment la pièce et sa configuration seront amenées et comment la relation entre le père et sa fille se développera.
Le 15 novembre prochain, nous nous envolerons pour Mars et ses déserts. Suivez notre odyssée, Terriens !
Propos d’après-spectacle : [20 novembre 2025]
La plus grande distance, c’est l’oubli
Voilà un jour qui s’est écoulé depuis notre venue au théâtre de Vidy pour assister à la pièce La Distance. En rentrant chez nous, nous nous sommes senties chamboulées, bouleversées et un tas d’émotions faisaient tempête en nous, comme une tempête de sable sur la planète mars. Nous nous sentions tristes. Etrangement, nous nous sentions connectées avec les autres spectateurs. Il était réconfortant de voir des personnes chamboulées et, pendant une heure et demie, un lien s’est créé. Nous étions aussi apaisées, tout comme Ali, médecin resté sur terre, et père d’Amina, partie sur mars pour devenir une Oubliante.
En entrant dans la salle, la scène était plongée dans la pénombre, mais nous pouvions tout de même distinguer, au centre du plateau, un cercle de terre aride. Celui-ci était divisé en deux parties égales par un large arbre couché et un relief rappelant les collines martiennes. Le comédien Adama Diop, qui joue le père, se trouvait déjà sur scène, ce qui est plutôt inhabituel. Il était déjà immergé dans son rôle, serein, et écoutait un disque offrant aux spectateurs une ambiance de jazz.
Puis silence. La pièce débute. A ce moment-là, les lumières ne sont pas encore complètement éteintes, mais tamisées, avec des couleurs chaudes. Chaque spectateur attend avec impatience les mots du père. Il s’adresse à sa fille dans un message vocal, posant toute l’intrigue : sa fille s’est rendue sur mars, pour oublier le passé et se concentrer uniquement sur une nouvelle humanité. Tout comme le père, le spectateur se demande pourquoi. Dès la première réplique, nous sommes prises dans l’intrigue. Nous voulions absolument savoir. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi avoir quitté la terre pour s’embarquer dans une odyssée spatiale à la Ray Bradbury sans même prévenir son père. On apprend bien vite que sa fille est avant tout une jeune femme libre qui regarde encore plus loin que l’horizon, comme lorsque, petite, elle s’aventurait dans l’immensité de la mer sans prêter attention aux dangers du monde. Leur relation est tumultueuse et il n’a pas été nécessaire de quitter la terre pour créer une distance. Puis le cercle se met à bouger sur lui-même et nous faisons face à Amina et au décor martien. Toute l’intrigue est basée sur ces deux personnages qui sont si proches l’un de l’autre sur scène et en même temps séparés par des millions de kilomètres.
La vie sur mars est austère : aucun oxygène, aucune sortie libre en dehors de ces couloirs souterrains et, comme seule musique, un son de frigo comme un bourdonnement continu (que le spectateur entend tout au long de la pièce). A travers leurs échanges, les deux personnages se disputent sans même réellement s’écouter, pendant que la plateforme continue de tourner sur elle-même. L’un pose une question, l’autre ne répond pas. Le seul moment où la plateforme s’arrête de valser est lorsque la fille rêve de son père. Dans un moment suspendu, les limites physiques se brouillent et les deux s’étreignent. Même si cet amour est difficile, celui-ci est infini et constant.
Il y eut aussi ce moment très fort où la terre et mars se trouvaient sur le même axe et que la communication entre le père et la fille allait devenir impossible. A ce moment-là, la scène tournait à toute vitesse, nous faisant ressentir le temps qui avait filé trop vite et qu’il était maintenant trop tard. Pour accompagner cette scène, un projecteur à lumière orange était braqué dans la direction des spectateurs. Presque éblouies, nous pouvions ressentir ce que les deux personnages vivaient.
Le jeu d’acteur était vraiment impressionnant ! Les deux personnages arrivaient à nous faire ressentir les mêmes émotions qu’eux, ce qui nous maintenait constamment dans l’intrigue. Le fait d’avoir une scène qui tourne devait être un vrai défi pour les deux acteurs et la production, mais tout était parfaitement exécuté, comme une danse.
La Distance est donc un réel succès autant du côté du contenu de la pièce, riche en émotions, qui thématise les liens familiaux (ici plus particulièrement le lien père–fille), que du côté du jeu d’acteurs renversant. Le spectateur n’en ressort pas indifférent et avec une petite larme au coin de l’œil. Si vous souhaitez aller voir la pièce (ce que nous vous recommandons), alors sortez les mouchoirs!

Adama Diop avant le commencement de la pièce
Par Baptiste Rittener et Clemens Wellensiek

Propos d’avant-spectacle : [10 octobre 2025]
Entre crocs et frissons
Du 30 Octobre au 14 Novembre se jouera la pièce In bocca al lupo au théâtre de Vidy. Cette pièce abordera le sujet très délicat du loup en Suisse, entre le sauvage et l’élevage. Ce débat très actuel secoue la Suisse, les écologistes promouvant la santé de l’écosystème et les agriculteurs tentant de sauver leurs bêtes.
Le titre de la pièce, In bocca al lupo (dans la gueule du loup), est une expression utilisée en Italie dans le milieu du théâtre pour se souhaiter bonne chance avant de monter sur scène. On se jetterai dans la gueule du loup comme on se jette devant le public. Comme ce jeu de mots l’indique, cette pièce a pour but de fusionner le théâtre et la thématique du loup. La pièce inclura donc une installation vidéo, un médiateur transdisciplinaire, et d’autres éléments surprenants.
La metteuse en scène, Judith Zagury, a l’habitude de travailler avec des animaux. En collaborations, elle a amené sur scène plusieurs animaux avec Être Bête(s),un cheval avec Hate, et même deux poulpes avec Temple du Présent. Cette fois-ci, c’est en metteuse en scène qu’elle va tenter de créer cette connexion entre le monde animal et le monde des humains.
En 2017, Judith Zagury a créé ShanjuLab, un « laboratoire de recherche théâtrale sur la présence animale ». C’est un pôle de création artistique qui explore le contact avec les animaux sur les plans de l’éthique animale et de l’éthologie. Dans son espace à Gimel, vers Morges, le poulailler, le parc des chèvres, et celui des chevaux cohabitent avec le monde humain.
Ce n’est donc pas se créer de faux espoirs que de s’attendre à une présence animale sur scène, notamment des chiens de troupeau se baladant entre les câbles des ordinateurs. Ce sera sûrement très intéressant d’observer le comportement de chiens sur scène. Vont-ils aboyer lorsqu’une vidéo de loup sera diffusée? Comment vont-ils interagir avec les acteurs? Perdent-ils leurs repères sur ce lieu qui leur est étranger? Pour répondre à ces questions, rendez-vous à Vidy pour vivre une expérience unique en son genre !
Propos d’après-spectacle : [7 novembre 2025]
Une pièce qui vous dévore de l’intérieur
La question du loup, sans doute une des plus épineuses et émotionnelles à laquelle la Suisse fait face, a été mise en scène au théâtre de Vidy dans In bocca al lupo. Très loin du théâtre classique, cette pièce peut être qualifiée de documentaire immersif dans le monde animal. Immersif au sens scénographique, avec des vidéos projetées à 360 degrés autour du spectateur, au sens physique, avec le public qui peut s’installer sur la scène, et au sens animal, avec la présence de trois chiens de troupeau.
Cette pièce est avant tout un véritable travail de recherche qui se veut le plus neutre possible. On passe en effet d’audios d’agriculteurs emplis d’émotion à un médiateur entre le monde animal et humain, puis enfin apparaît le loup lui-même. Cela permet vraiment au spectateur d’avoir une vue d’ensemble de la question. De plus, la journaliste qui tape en direct les informations sur le loup donne un côté encore plus factuel à ce sujet.
C’est également un chef d’œuvre au niveau cinématographique. Judith Sagury nous a confié avoir travaillé des heures et des heures pour sélectionner les images et les vidéos les plus pertinentes. Le résultat permet au spectateur d’observer, à travers les caméras, la vie animale. Les plans choisis sont remarquables : au lieu de filmer depuis le haut une vache tuée par un loup, la caméra part à quelques millimètres de la bête tuée et recule ensuite lentement jusqu’à ce que le public reconnaisse la carcasse. Cela ajoute un côté écœurant, c’est très bien pensé. Les caméras pièges permettent également de s’immiscer dans la nature et la vie des loups. Ceci permet au spectateur de voir les interactions au sein de la meute et avec d’autres animaux, comme les vaches ou les biches.
Ce qui rend cette pièce unique, c’est également la présence de chiens de troupeau sur scène. Cela pose des questions éthiques : pourquoi diabolise-t-on les loups et aime-t-on les chiens, alors que sur le plan biologique ils sont cousins ? Avons-nous le droit de les dresser les uns contre les autres ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées.
L’intérêt réside aussi dans le fait d’avoir introduit les chiens dans un environnement qui ne leur est pas naturel. Cela amène à des interactions intéressantes entre les chiens et les éléments qui les entourent, comme lorsque ces derniers aboient quand un loup passe à l’écran. Une tension est ainsi créée : on voit le loup approcher, un chien hurle, les autres le suivent, on se croirait véritablement dans une forêt. Les chiens ajoutent également une touche légère au spectacle qui aborde quand même une thématique lourde. Ils font sourire les visages des petits et des grands par leurs jeux et par leurs personnalités uniques qui rapprochent le monde animal au monde humain.
In bocca al lupo est donc une véritable réussite, car le sujet est abordé de manière neutre, sans aucun côté donneur de leçons. Contrairement aux tabourets, la pièce, très bien structurée, tient très bien debout. L’atmosphère singulière créée par Judith Sagary et son équipe immerge le public dans cet univers, de sorte que le spectateur n’en ressort pas indifférent.
Par l’ensemble de la classe

Propos d’après-spectacle : [29 septembre 2025]
Toute la classe a assisté à la représentation du 25 septembre 2025. Les élèves en sont ressortis surpris, à la grande majorité agréablement.
Très attentifs au dispositif original qui enveloppe le spectateur, les élèves ont aussi été sensibles à la multiplicité des langages scéniques. Ils ont bien perçu comment les projections vidéo donnaient accès aux hors-scènes (coulisses, paysages, souvenirs…), comment elles permettaient d’exhiber des détails du plateau (la larme de Rodolphe), comment elles doublaient et complétaient le spectacle vivant (la chevauchée d’Emma), ou encore comment elles multipliaient les points de vue (la calèche). Ils ont aussi relevé combien les rôles traditionnels étaient « floutés » : les personnages se faisaient parfois spectateurs des scènes et, à l’inverse, certains spectateurs devenaient acteurs d’un tableau.
Voici, en vrac, et sur un canevas grammatical convenu, leurs réactions de lecteurs du roman confrontés à cette proposition dramaturgique :
« J’avais lu l’entier du roman et j’ai préféré la pièce au livre : c’était plus léger, moins long que dans le livre. » (Julie)
« J’avais lu tout le livre et j’ai apprécié comment ils ont montré le côté ridicule du personnage de Charles, ainsi que le côté orgueilleux et risible de Rodolphe. J’aime aussi la fin où Emma continue de vivre au lieu de mourir. » (Joanne)
« J’avais lu quasiment tout le livre et j’ai beaucoup aimé comment certaines scènes, comme celle des comices, ont été retranscrites. » (Marine)
« J’avais lu les deux premières parties et j’ai trouvé les scènes avec Charles très fidèles au livre : il était ridicule et parlait doucement, comme je l’imaginais. » (Eduard)
« J’avais lu les deux premières parties du livre et j’ai trouvé que le spectacle correspondait bien au livre. J’ai beaucoup aimé ce spectacle, même si la fin était un peu longue. » (Sarah)
« J’avais lu les deux premières parties. Si on lit le livre sans y prêter vraiment attention, on passe à côté de plein de sous-entendus qui sont bien représentés dans le spectacle, souvent exagérés, ce qui apporte beaucoup d’humour. » (Thelma)
« J’avais lu les deux premières parties et j’ai été agréablement surpris par l’accessibilité de la pièce, pièce que j’ai trouvée plus entraînante que le roman. » (Julien)
« J’avais lu la moitié du roman et j’ai adoré le spectacle. J’ai su retrouver des citations du livre, ce que j’ai trouvé génial. » (Antoine)
« J’avais lu jusqu’à la scène des comices et j’ai trouvé que le roman prend vie dans le présent. Les représentations que l’on se fait sont tout à fait similaires aux tableaux qu’on voit (par exemple, la maison des Bovary). » (Esther)
« J’avais lu jusqu’aux comices agricoles et j’ai beaucoup aimé retrouver l’opposition entre réalisme et romantisme. » (Baptiste)
« J’avais lu la première partie et j’ai trouvé la pièce complètement abordable : sans avoir lu, on comprend tout. J’ai aimé la pièce pour son originalité et sa diversité. » (Candice)
« En sortant du spectacle, j’étais content, parce que ça faisait longtemps que je n’avais plus tellement ri durant une pièce de théâtre. » (Clemens)
« Je n’avais pas commencé à lire le roman et j’ai beaucoup aimé le spectacle. » (Arthur)