Par Candice Crausaz et Sarah Schwendimann

Propos d’avant-spectacle : [16 décembre 2025]
Naufragés du destin ?
Le théâtre du TKM accueillera la pièce La tempête ou la voix du vent du huit au dix-huit janvier 2026.
La tempête ou la voix du vent est une adaptation scénique de La Tempête de WilliamShakespeare. Réalisée par Omar Porras, fondateur du Teatro Malandro à Genève et directeur du Théâtre Kléber-Méleau à Renens depuis 2014, cette pièce nous transporte dans une comédie abordant tout de même les thèmes de la trahison et du pardon, en y ajoutant une touche de féérie.
Antonio, le nouveau duc de Milan, ainsi que le roi de Naples, Alonso, et son fils Ferdinand, s’échouent sur une île. Douze ans plus tôt, Prospero (Karl Eberhard dans la mise en scène de Porras), ancien duc de Milan détrôné par son frère Antonio, a été envoyé, dans une embarcation avec sa fille Miranda (Marie-Evane Schallenberger), sur cette même île. Ils y ont fait la rencontre de Caliban, un être “sauvage”, et de la mère de ce dernier, une sorcière appelée Sycorax. D’autres esprits vivent également sur cette île. Les deux frères jadis séparés vont donc se retrouver, douze ans après leur séparation.
Ayant vu les photos sur le site du TKM, nous nous réjouissons de découvrir les décors colorés et les costumes originaux des personnages. Nous nous attendons à beaucoup d’émotions, car ces retrouvailles s’annoncent mouvementées. C’est la première fois que nous aurons la chance d’observer une pièce de William Shakespeare. Nous nous demandons si la langue, ancienne, saura être adaptée à un public moderne et si la pièce sera une adaptation contemporaine. Nous avons tout de même une légère appréhension au niveau de la compréhension de la pièce : il y a un grand nombre de personnages et plusieurs seront joués par un même acteur.
Nous nous posons aussi certaines questions : le féérique amènera-t-il à une réconciliation ? La trahison d’un frère peut-elle être pardonnée ? Est-ce le hasard qui les a conduits à se retrouver ?
Une île déserte, des secret et le vent du hasard. Rendez-vous au TKM pour découvrir si la tempête mènera à la réconciliation ou au chaos.
Propos d’après-spectacle : [26 janvier 2026]
Échouées sur une île féérique
Avec une entrée fracassante, les huit acteurs ont directement brisé le quatrième mur en arrivant depuis le haut des marches, faisant sonner tambours et flûtes dans une mélodie qui nous est restée dans la tête. Comme une vraie tempête, le spectacle secoue les spectateurs dès les premières minutes avec une ambiance forte marquée de lumières intenses, de vent et de bruitages très immersifs. C’est un voyage féérique dans le monde de son metteur en scène Omar Porras. Une fois revenus au calme, nous étions exposés à un décor très rempli avec des rochers sur le sol, des arbres sur les côtés et quelques éléments scéniques qui variaient tout au long de la pièce.
Plusieurs éléments nous ont aidées à entrer dans cet univers spectaculaire. Les couleurs utilisées ont renforcé l’aspect féérique de la pièce avec ses monstres et sorcières. Les projecteurs changeaient souvent de direction, de couleur, d’intensité. Les créatures magiques présentes dans la pièce apportaient souvent de l’humour. Malgré les thèmes sérieux qu’aborde La tempête, le spectateur bascule entre l’histoire elle-même et le côté enfantin de la mise en scène. Beaucoup de danses et de chants accompagnaient les acteurs tout au long de la pièce, ce qui donnait un aspect vivant à la pièce, avec du rythme et de la dynamique.
Les acteurs avaient un jeu très impressionnant et nous permettaient de suivre la pièce sans se demander combien de temps il restait. Ils devaient pourtant faire preuve d’adaptation avec les masques qu’ils portaient. Ces masques n’étaient pas un simple accessoire, mais bien un moyen de devenir complètement le personnage qu’ils jouaient et de mettre les spectateurs dans ce lieu mystérieux. Ils étaient très bien intégrés aux personnages, c’est pourquoi on oubliait presque qu’ils ne faisaient pas partie des acteurs. Il est vrai que ce n’est pas habituel de voir ce genre de costumes, mais cela rajoutait une touche de mystère et de magie.
Au sortir nous étions très impressionnées, mais également un peu partagées. Les décors et acteurs étaient en effet spectaculaires. En revanche, malgré la beauté du spectacle, l’histoire aurait pu être abordée plus profondément. La pièce étant de Shakespeare, nous nous attendions à des thématiques plus profondes et plus recherchées, comme la trahison et le pardon. À la fin, dans la pièce, Prospero pardonne à son frère de l’avoir trahi et tout le monde vit dans un monde heureux. Nous aurions espéré une fin plus réaliste, peut-être avec une réelle morale, qui, durant cette pièce, ne nous a pas sauté aux yeux. En outre, tous les décors et les effets spéciaux étaient tellement incroyables que l’histoire passait parfois en arrière-plan. Cependant il n’y eut pas de problème au niveau de la compréhension, ce qui était une de nos craintes en allant voir du Shakespeare. Ce spectacle pourrait être adapté pour un public de bas âge comme pour des personnes plus âgées, il a donc un côté familial qui nous a plu.
La tempête ou la voix de vent est donc un spectacle à ne pas rater, musicalement et visuellement, interprété par des acteurs très talentueux. L’histoire est peut-être un peu mise de côté, cependant, la manière dont cette pièce a été adaptée reste une œuvre que nous avons apprécié regarder.
