Par Esther Becquart et Thelma Morel

Propos d’avant-spectacle : [13 janvier 2026]
Une pièce hybride : Le Poisson-Scorpion
C’est du 4 au 6 février 2026, à Nuithonie, que se jouera le face-à-face vertigineux de Bouvier … contre lui-même : Le Poisson-Scorpion .
Nous vous invitons à vous laisser entraîner dans un voyage immobile, une pièce inspirée d’un texte autobiographique oscillant entre fiction et récit de voyage d’un écrivain-voyageur. Nous serons probablement au chevet d’une âme en lutte, plongée dans le gouffre de l’errance intérieure.
Fidèle disciple de Jules Verne et de Jack London, dont il a suivi la voie des récits d’aventure et de voyage, amoureux du monde et de ses routes, Nicolas Bouvier parcourt dès 1953 de nombreuses contrées — de l’Afghanistan au Japon, en passant par l’Inde et le Sri Lanka. Pourtant, ce ne sont pas ces paysages lointains faits de vagabondages qui constituent le centre de cette expérience théâtrale : ici c’est plutôt un arrêt brutal, un séjour contraint à Galle, au Sri Lanka, où le voyage laisse place à l’épreuve intérieure.
Nous, spectateurs aventureux, en quête de nouveaux horizons, sommes conviés à partager ce moment de suspension : un huis clos sur une île, vécu comme une descente dans les zones les plus fragiles de l’esprit. Seul en scène, Samuel Labarthe incarne Nicolas Bouvier dans cette traversée intime. Nous nous attendons à suivre les visions, les souvenirs et les luttes de l’auteur-voyageur ne pouvant s’enfuir ni de sa chambre d’hôtel à Ceylan, ni de sa propre tête. Souffrira-t-il de sa propre présence ? La solitude sera-t-elle sa seule camarade ?
Vingt-cinq ans après cet épisode fiévreux, Bouvier choisira l’écriture pour transformer l’épreuve, en mettant sa douleur sur papier et en domptant la langue, son moyen de retrouver un souffle vital. C’est cette matière brute et lucide que la mise en scène de Catherine Schaub porte au plateau, en privilégiant l’écoute du texte. Elle nous épargnera probablement des actions spectaculaires, sachant que l’acteur principal chez Bouvier est le texte.
Le Poisson-Scorpion s’annonce comme une expérience sensorielle et méditative, où l’exploration des paysages intérieurs prend le pas sur l’exotisme qui colore le vécu de Bouvier. Nous imaginons déjà être touchées par ses peurs, ses interrogations, ses souvenirs, et supposons que la pièce nous invitera également à interroger nos propres voyages, réels ou intimes. En sortirons-nous bouleversées ?
Nous espérons, au-delà du récit de voyage, celui d’une traversée : celle d’un homme au bord de lui-même, entre l’abîme et le désir de retrouver goût à la vie. Nous nous réjouissons d’assister au talent de Samuel Labarthe dans la façon dont il fait vibrer les écrits autobiographiques de Bouvier. Préparons nos balluchons pour cheminer sur une montagne russe, véritable voyage psychologique.