Par Clemens Wellensiek et Eduard de Morais

Propos d’avant-spectacle : [10 novembre 2025]
Un Opéra stupéfiant ?
“Mitosis : an LSD Opera” est une comédie musicale contemporaine, imaginée par la chanteuse et performeuse américano-zurichoise Brandy Butler. Les représentations auront lieu du 4 au 5 décembre au théâtre de Vidy à Lausanne.
Brandy Butler est connue pour mêler musique et performance dans ses pièces. Il y a par exemple “Der Erste Fiese Typ” (2019), où l’artiste, forte d’un Bachelor en Jazz Performance à la “University of the Arts” à Philadelphie, a composé la musique. Elle a aussi obtenu un Master en pédagogie vocale à la « Zürcher Hochschule der Künste » en Suisse. Celaveut dire que le chant sera sûrement omniprésent durant la pièce.
Nous avons choisi cette pièce en raison de l’originalité du titre : “Mitosis : an LSD Opera”. Le LSD est une drogue qui est utilisée dans certains cadres de traitement pour lutter contre la dépression. Comment peut-on la lier avec l’opéra, un art a priori associé à la musique, au spectacle et au bonheur esthétique ?
Mais pourquoi le LSD ? En juillet 2022, Brandy Butler a perdu sa mère, celle-ci avait beaucoup souffert face à la réalité de la fin de vie. La mort est un sujet qui l’a beaucoup fascinée : comment peut-on se préparer véritablement à mourir ? Est-ce que la solution est la drogue ? Telle est la question à laquelle le spectacle répondra.
Nous nous attendons donc à une pièce atypique, émouvante, et bouleversante.
Propos d’après-spectacle : [13 décembre 2025]
LSD Opera : la drogue dans la maladie
Après avoir vu Mitosis : an LSD Opera, nous étions bouleversés par le message de la pièce. Elle soulève des questions que l’on se pose rarement sur la mort comme “Comment réagir face à une maladie qui ronge non seulement le corps, mais aussi l’esprit ?” C’est précisément ce que raconte cette performance musicale : le LSD, une drogue, est mis en avant dans cette pièce, dont l’histoire originale est peu commune. Ici, la protagoniste, une femme vivant une jeunesse comme tout le monde, pleine de fêtes, d’alcool et de bonne humeur, se retrouve du jour au lendemain confrontée à un ennemi bien connu : le cancer. Elle a 44 ans. On va la suivre dans son périple jusqu’à sa mort et voir la difficulté qu’elle aura à l’accepter.
Les personnages étaient cinq sur scène : une femme incarnait le personnage principal, une autre la psychologue qui l’accompagnera jusqu’à la mort. La malade et la psychologue ne changent jamais de rôle. Les trois autres personnages, deux hommes et une femme plus âgée, changeaient de rôle simultanément. Avant le début de la pièce, ils étaient sur scène, en train de boire et de danser ; plus tard, ils jouaient les amis de la jeune femme, puis les infirmiers en oncologie, et enfin des patients prenant du LSD pour se détendre face à la mort. Nous avons trouvé leur jeu vivant et captivant.
En revanche, il y a eu certaines scènes avec ces personnages que nous n’avons pas appréciées. Nous trouvons que les cinq comédiens jouaient bien leurs rôles, même si certaines parties pouvaient être sujettes à discussion et pourraient choquer certaines personnes. Nous pensons notamment à un personnage masculin qui commençait à se déshabiller et à danser de manière érotique, ce que nous n’avons absolument pas compris ni apprécié, cela n’avait aucun rapport avec la pièce.
Toutes les paroles échangées entre les personnages étaient chantées, en anglais. La manière dont chantaient les comédiens s’adaptait parfaitement aux scènes jouées : ils prenaient un ton plus joyeux lors des moments où la bonne humeur et l’envie de vivre du personnage principal étaient encore présentes, surtout au début. Mais, à mesure que l’on avançait dans la pièce, les tons changeaient et la musique devenait toujours plus triste et mélancolique. Le fait que toutes les paroles soient chantées nous plongeait complètement dans l’histoire et nous emportait avec elle, car les comédiens chantaient très bien.
La scénographie s’articulait en trois parties. Au début, la jeune femme vit dans la bonne humeur, dans une chambre décorée comme un salon, où elle s’amuse avec ses amis, reflétant son insouciance. Ensuite, la pièce nous plonge dans une chambre d’hôpital avec un lit, symbolisant la gravité de sa maladie. Cette transformation nous a montré que du jour au lendemain, tout peut basculer. Enfin, dans la dernière partie, les murs se replient sur les côtés, illustrant le cœur oppressé par la peur de la mort. À la fin, lorsque la protagoniste meurt, les murs s’ouvrent à nouveau, laissant place à un sentiment de libération.
Le spectateur pouvait suivre le texte (en anglais et en français) sur deux écrans qui faisaient partie de la scénographie, il y voyait aussi des images. À la fin, quand l’héroïne meurt, un grand tissu blanc est déplié, sur lequel défileront tous ses souvenirs, ce sont les sept minutes avant la mort. Plusieurs photos de la défunte sont partagées, ainsi que des vidéos venant des réseaux sociaux, qui, à notre avis, voulaient montrer à quel point aujourd’hui ces réseaux prennent de la place et ont un impact dans nos vies.
Les lumières changeaient de couleur au fil des diverses parties du spectacle : lors de la première partie, où la protagoniste n’est pas encore atteinte du cancer, les lumières sont claires ; lorsqu’elle est atteinte du cancer, on remarque des lumières plus sombres, qui représentent, à notre avis, le trouble mental et l’obscurité d’esprit.
Pour conclure, Mitosis : an LSD Opera est une œuvre qui nous a marqué, car le lien avec la mort est fort, et nous nous étions vraiment projetés dans la vie du personnage principal, on vit sa maladie et sa mort avec elle. Cette pièce aide à comprendre le cancer et la mort, mais surtout à voir comment les personnes atteintes de cette maladie se sentent, surtout les jeunes personnes. Cette pièce soulève aussi des questions philosophiques : “À quoi sert la vie, si c’est pour mourir jeune ?”, “comment vivre pleinement, en sachant que la fin peut survenir à tout moment ?” Ce qui est arrivé à cette jeune femme peut arriver à n’importe qui à n’importe quel moment, même à nous.