Par Candice Crausaz et Eduard de Morais

Propos d’avant-spectacle : [30 avril 2026]
Des voix médiévales
Les Voüéces est une pièce de Louis Bonard qui se jouera au théâtre de Vidy du 20 au 31 mai 2026. Nous nous réjouissons de voir le travail de cet auteur romand qui s’annonce haut en couleurs.
Les personnages principaux de la pièce, Rodogonde et Frénéjus, vivent isolées en haut d’une tour, comme enfermées dans une cage dorée. Pour passer le temps, elles brodent, jouent, parlent dans une langue imaginaire inspirée du Moyen-Age. Leur quotidien est à la fois étrange et répétitif, marqué par l’ennui. Elles tentent de combler ce vide, mais des voix mystérieuses apparaissent et viennent troubler leur isolement.
Plusieurs questions nous viennent à l’esprit à propos de cette pièce. L’époque choisie pour représenter Les Voüéces peut s’avérer intéressante, cependant, le fait que le Moyen-Age soit révolu depuis déjà plusieurs siècles pourrait ne pas plaire à tout le monde. Nous nous demandons comment le propos sera amené pour nous plonger dans une histoire réaliste mais aussi compréhensible pour notre époque moderne. La pièce nous a intéressés pour plusieurs raisons. Premièrement, les images disponibles sur le site du Théâtre Vidy, avec ces costumes médiévaux, nous ont interpellés. Ensuite, nous nous réjouissons de découvrir une pièce plongée dans le Moyen-Age. Troisièmement, les thèmes abordés dans un théâtre comme celui-ci peuvent être intéressants. Nous pensons que nous allons apprécier ce spectacle avec les différents thèmes qui peuvent être abordés.
Beaucoup de surprises nous attendent avec Les Voüéces, et nous avons hâte de vous partager notre expérience dans quelques semaines.
Propos d’après-spectacle : [28 mai 2026]
Voix musicales
En sortant du théâtre de Vidy, ce 22 mai, nous avions la tête remplie de pensées…
Le décor était sobre. La salle était tapissée d’un tissu blanc de quelques mètres de large, formant un arc de cercle avec au centre, un sol en dalles et deux fauteuils en briques. Sur le côté gauche se trouvait un escalier en colimaçon qui disparaissait derrière la toile blanche. Le reste de la scène était vide, il y avait un peu de fumée qui nous plongeait dans l’ambiance de la tour. Les deux artistes étaient habillés de costumes médiévaux très élégants. Les deux sœurs, dans la pièce, ont utilisé beaucoup d’objets au cours du spectacle : livres, matériel de tricot, poires, cahier à dessin, instruments. Tous ces objets étaient mimés, mais ceci n’entravait en rien la compréhension des actions.
Un autre élément très important était le son. Au début de la pièce, les personnages ne parlaient pas, mais une musique de fond était très présente. Quand une des sœurs, Frénéjus, mimait l’action d’ouvrir la fenêtre, la musique a envahi la pièce et nous a montré ainsi quelle était la météo au moment de l’action. Cette musique était forte, inquiétante, et la météo venteuse, sans s’améliorer à mesure que l’histoire avançait. Les comédiens n’ont pas beaucoup parlé. Pourtant, tout au long de la pièce, on a entendu de la musique ou des récits. Une narratrice, Dame Anelyse, nous raconta quelques histoires qu’elle avait vécues. Bien que le sens et la symbolique de ces histoires ne nous aient pas frappés, sa façon de raconter les choses nous emportait dans son univers. Les deux sœurs ont aussi beaucoup contribué à cet univers sonore en chantant. En effet, les deux artistes ont entonné de nombreuses chansons au cours de la pièce. Leurs voix s’harmonisaient très bien. Frénéjus et Rodoguonde ont aussi mimé des instruments : harpes, violons, flûtes, … La liste est longue. Les instruments, eux aussi bien mimés, apportaient une touche d’humour à la pièce.
L’histoire reposait sur deux jeunes protagonistes incarnant des princesses enfermées dans une tour. Leur environnement était particulièrement dépouillé : elles n’avaient accès à presque rien, si ce n’est des toilettes dissimulées derrière un rideau. Ce détail, introduit dès l’ouverture de la pièce, prendrait d’ailleurs tout son sens à la fin. Cette dernière apporte une conclusion forte : les deux personnages se suicident en tombant dans les toilettes, faisant écho à la scène d’ouverture et donnant ainsi à l’ensemble une cohérence narrative que l’on ne percevait pas nécessairement au fil du spectacle.
Ce spectacle nous a toutefois laissés perplexes à plusieurs égards. Les chants des deux femmes, bien qu’intenses et puissants, étaient dits en ancien français, ce qui rendait leur compréhension quasi impossible. De même, certaines scènes — comme les jeux de dessin pratiqués en silence — demeuraient obscures, faute de dialogue ou d’explication. La majeure partie du temps, les protagonistes semblaient ne rien faire, ce qui instaurait un rythme particulièrement inégal, alternant de longs moments de vide avec de brèves séquences d’action. La lecture de la pièce s’en trouvait difficile : s’agissait-il de représenter l’attente, peut-être même l’attente de la mort, ou bien la pièce portait-elle un autre message ?