Chroniken vom Mars

Par Thelma Morel et Julien Richoz

Les hommes verts sur fond vert

Et si la colonisation de la planète rouge n’était plus une fiction ? C’est à Vidy qu’aura lieu le départ d’une fusée direction Mars. Venez participer à une aventure qui durera cinq jours, du 21 au 25 janvier : les Chroniken vom Mars .

On retrouve sur le site du théâtre de Vidy un teaser de la pièce. On peut deviner qu’il s’agit d’une parodie sur le tournage d’un film. La pièce fait référence aux Chroniques de Mars, un recueil de nouvelles écrit par Ray Bradbury et publié en 1950. Instigateur de l’aventure, l’auteur souhaitait absolument voir son œuvre projetée sur grand écran. Il avait ainsi mis sur papier un ensemble de 28 nouvelles, pas tant futuristes que ça, puisqu’elles concernent notre époque, de 1999 à 2026.

Les acteurs Andrea Bettini, Jean-Charles Dumay, Sébastien Jacobs, Kay Kysela, Annika Meier, Gala et Othero Winter seront les colonisateurs de la planète et nous emmèneront dans l’univers étonnant de Bradbury.

Philippe Quesne, plasticien, scénographe et metteur en scène de la pièce, est notre chef d’expédition. Il a adapté les nouvelles en les tissant entre elles grâce à des scènes intermédiaires. Il en a réalisé un film surréaliste, tourné en direct. La pièce se jouera donc sur fond vert. Quels effets ces décors auront-ils sur les spectateurs ?

En 1999, les humains débarquent chez les martiens et les effraient par leur esprit tordu. Les martiens luttent contre la menace que représentent leurs colonisateurs, mais se font assaillir par une épidémie terrible, qui décime la population : la varicelle. En 2005, une guerre nucléaire fait rage sur Terre et les humains vont porter secours à leurs compagnons, laissant les martiens en paix. Seuls quelques humains ont survécu à la boucherie et essayent de gagner leur place parmi les extraterrestres. Les humains parviendront-ils à cohabiter avec les hommes verts ?

Chères voyageuses et chers voyageurs, les ondes radio veulent nous transmettre des messages : le lyrisme de la conquête, l’exploitation aveugle des ressources, mais aussi l’idéalisme, l’avidité et les violences humaines seront ceux de la pièce. De quoi l’homme est-il capable ? Jusqu’où est-il prêt à aller ?

Le choix de notre pièce a été influencé par les photos du spectacle : des œuvres d’art contemporain, mettant en scène des hommes verts et des hot-dogs.

Nous nous attendons à assister à une pièce à l’humour décalé et délirant, et à être plongés dans une ambiance rétrofuturiste. Il reste à savoir tout de même si la pièce se veut réellement humoristique ou non. L’affiche du spectacle annonce déjà son caractère contemporain et sa touche d’absurde. Il nous tarde de voir si le concept du fond vert saura nous divertir et espérons que les sous-titres nous permettrons de saisir toutes les facéties et plaisanteries.

Perdus dans les méandres martiens

Impressionnés par les acteurs, nous avons quitté nos sièges et entamé les discussions. Nous allons tenter de condenser le nombre ahurissant d’informations qu’il y a à partager sur Les Chroniques martiennes.

L’entrée en scène nous en a mis plein la vue. Comme lors d’un tournage, les acteurs, tous enfermés dans leurs costumes verts et plongés dans le silence, mettent en place le fond vert à l’aide de leurs pouvoirs « magiques ». Après s’être installés, ils tournent une première scène, qui est projetée en direct sur un écran. Ce processus sera répété tout au long de la pièce. Les hommes en vert jouent avec une fusée faite de hot-dogs, qui vient s’échouer sur un astéroïde. De cette fusée sortent des humains miniatures, des aventuriers de l’espace, qui amènent avec eux plusieurs histoires, découpées par des moments de mise en place et de discussions entre les acteurs du tournage.

En effet, nous assistons à un film, mais également à son tournage en simultané. Entre humour, action et pseudo-tragédie, les acteurs n’ont pas peur du ridicule. On peut d’ailleurs réellement parler d’acteurs, car il y a un double jeu : les comédiens incarnent des acteurs qui eux-mêmes jouent dans une série de mini-films se déroulant sur Mars.

Entièrement vêtus de vert, les acteurs revêtent leurs costumes de cinéma lorsqu’ils doivent se produire sous les feux des caméras. Leur tunique jaune, agrémentée d’accessoires, alterne entre costumes de cow-boys, de soldats ou de civils. Le metteur en scène, lui, reste bien au chaud dans son costume de scientifique, autant à l’écran qu’en arrière-plan. Nous pensons qu’il représente Ray Bradbury, l’écrivain de ces nouvelles, qui rêverait de voir son œuvre portée à l’écran.

Un bureau surveille les acteurs depuis un poste situé à gauche de la scène, et deux météorites sont disposées sur le sol vert. Le reste du décor se révèle sur l’écran de cinéma, surélevé à droite de la scène. De nombreux paysages variés verdoyants, désertiques, étoilés, une Terre inconnue ou encore l’intérieur d’une maison de grand-mère défilent selon l’action jouée.

Il s’agit d’une œuvre qui n’a clairement pas été prise très au sérieux. Aux histoires sorties de l’imagination de Bradbury ont été ajoutés un brin de moquerie et une bonne dose d’ironie. Les actions absurdes provoquent des éclats de rire, dynamisant ces deux heures de spectacle, qui peuvent néanmoins sembler un peu longues à certains moments. En effet, les mises en place des scènes de cinéma ne se font pas à la hâte. On se perd passagèrement dans l’avant-dernier film, lorsque les humains sont poursuivis par les Martiens à travers plusieurs décors. Cependant, ce moment de flottement est bref, car le dernier mini-film est très accrocheur. Entre clichés sur les doublages de reportages américains et caricatures d’Américains moyens de campagne, tout y est. Cette dernière capsule relate la « off-season » sur Mars, alors qu’aucun touriste ne vient acheter de hot-dogs à un couple de Martiens (très américanisés).

Pendant ces moments de pause, on peut admirer les techniques utilisées pour les effets de science-fiction, ainsi que le travail de la talentueuse actrice chargée des bruitages. Ces derniers sont si bien réalisés que l’on ne remarque presque pas ses efforts pour produire des effets sonores de grande qualité.

Les deux premiers acteurs, dont on ne voit que le haut du visage, incarnent des Martiens qui perçoivent déjà les humains en récitant l’un de leurs poèmes grâce à la télépathie, tout en jouant avec les effets de distance créés par la caméra.

Tout au long de la pièce, le fond vert est remplacé par de nombreux décors, terriens ou martiens, qui nous plongent dans l’ambiance et nous permettent de mieux comprendre les actions.

La langue joue également un rôle important dans cette œuvre. La grande majorité de la pièce se déroule en allemand, mais quelques courts passages sont en français et en anglais.

La musique a elle aussi toute sa place et, comme le reste des éléments de notre voyage, elle déborde d’idées. Parfois, les acteurs se mettent à chanter, à jouer de la guitare et à danser sur scène ; parfois, l’action est accompagnée d’un fond musical classique, jazzy ou issu de la chanson.

Les lumières, en revanche, changent rarement de place ou d’intensité.

Nous avons beaucoup apprécié le spectacle, qui ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer tant l’action captive notre regard. La pièce aurait toutefois pu durer un peu moins longtemps, car certaines actions se répètent.

Les hot-dogs jouent manifestement un rôle central dans cette œuvre, qui ne déborde pas d’accessoires futiles : quelques épées et armures pour les Terriens, le matériel de tournage, et surtout des objets du quotidien utilisés pour réaliser les bruitages hors caméra, comme des boîtes en plastique ou des bâtons.

Nous avons été agréablement surpris par cette performance assez contemporaine, qui peut, selon nous, plaire à un large public grâce à son côté très comique. N’étant pas nécessairement de grands amateurs de théâtre contemporain et absurde, la pièce nous a pourtant paru étonnamment cohérente et pas trop complexe.

La Tempête ou la voix du vent

Par Candice Crausaz et Sarah Schwendimann

Naufragés du destin ?

Le théâtre du TKM accueillera la pièce La tempête ou la voix du vent du huit au dix-huit janvier 2026.

La tempête ou la voix du vent est une adaptation scénique de La Tempête de WilliamShakespeare. Réalisée par Omar Porras, fondateur du Teatro Malandro à Genève et directeur du Théâtre Kléber-Méleau à Renens depuis 2014, cette pièce nous transporte dans une comédie abordant tout de même les thèmes de la trahison et du pardon, en y ajoutant une touche de féérie.

Antonio, le nouveau duc de Milan, ainsi que le roi de Naples, Alonso, et son fils Ferdinand, s’échouent sur une île. Douze ans plus tôt, Prospero (Karl Eberhard dans la mise en scène de Porras), ancien duc de Milan détrôné par son frère Antonio, a été envoyé, dans une embarcation avec sa fille Miranda (Marie-Evane Schallenberger), sur cette même île. Ils y ont fait la rencontre de Caliban, un être “sauvage”, et de la mère de ce dernier, une sorcière appelée Sycorax. D’autres esprits vivent également sur cette île. Les deux frères jadis séparés vont donc se retrouver, douze ans après leur séparation.

Ayant vu les photos sur le site du TKM, nous nous réjouissons de découvrir les décors colorés et les costumes originaux des personnages. Nous nous attendons à beaucoup d’émotions, car ces retrouvailles s’annoncent mouvementées. C’est la première fois que nous aurons la chance d’observer une pièce de William Shakespeare. Nous nous demandons si la langue, ancienne, saura être adaptée à un public moderne et si la pièce sera une adaptation contemporaine. Nous avons tout de même une légère appréhension au niveau de la compréhension de la pièce : il y a un grand nombre de personnages et plusieurs seront joués par un même acteur.

Nous nous posons aussi certaines questions : le féérique amènera-t-il à une réconciliation ? La trahison d’un frère peut-elle être pardonnée ? Est-ce le hasard qui les a conduits à se retrouver ?

Une île déserte, des secret et le vent du hasard. Rendez-vous au TKM pour découvrir si la tempête mènera à la réconciliation ou au chaos.

Échouées sur une île féérique

Avec une entrée fracassante, les huit acteurs ont directement brisé le quatrième mur en arrivant depuis le haut des marches, faisant sonner tambours et flûtes dans une mélodie qui nous est restée dans la tête. Comme une vraie tempête, le spectacle secoue les spectateurs dès les premières minutes avec une ambiance forte marquée de lumières intenses, de vent et de bruitages très immersifs. C’est un voyage féérique dans le monde de son metteur en scène Omar Porras. Une fois revenus au calme, nous étions exposés à un décor très rempli avec des rochers sur le sol, des arbres sur les côtés et quelques éléments scéniques qui variaient tout au long de la pièce.

Plusieurs éléments nous ont aidées à entrer dans cet univers spectaculaire. Les couleurs utilisées ont renforcé l’aspect féérique de la pièce avec ses monstres et sorcières. Les projecteurs changeaient souvent de direction, de couleur, d’intensité. Les créatures magiques présentes dans la pièce apportaient souvent de l’humour. Malgré les thèmes sérieux qu’aborde La tempête, le spectateur bascule entre l’histoire elle-même et le côté enfantin de la mise en scène. Beaucoup de danses et de chants accompagnaient les acteurs tout au long de la pièce, ce qui donnait un aspect vivant à la pièce, avec du rythme et de la dynamique.  

Les acteurs avaient un jeu très impressionnant et nous permettaient de suivre la pièce sans se demander combien de temps il restait. Ils devaient pourtant faire preuve d’adaptation avec les masques qu’ils portaient. Ces masques n’étaient pas un simple accessoire, mais bien un moyen de devenir complètement le personnage qu’ils jouaient et de mettre les spectateurs dans ce lieu mystérieux. Ils étaient très bien intégrés aux personnages, c’est pourquoi on oubliait presque qu’ils ne faisaient pas partie des acteurs. Il est vrai que ce n’est pas habituel de voir ce genre de costumes, mais cela rajoutait une touche de mystère et de magie.

Au sortir nous étions très impressionnées, mais également un peu partagées. Les décors et acteurs étaient en effet spectaculaires. En revanche, malgré la beauté du spectacle, l’histoire aurait pu être abordée plus profondément. La pièce étant de Shakespeare, nous nous attendions à des thématiques plus profondes et plus recherchées, comme la trahison et le pardon. À la fin, dans la pièce, Prospero pardonne à son frère de l’avoir trahi et tout le monde vit dans un monde heureux. Nous aurions espéré une fin plus réaliste, peut-être avec une réelle morale, qui, durant cette pièce, ne nous a pas sauté aux yeux. En outre, tous les décors et les effets spéciaux étaient tellement incroyables que l’histoire passait parfois en arrière-plan. Cependant il n’y eut pas de problème au niveau de la compréhension, ce qui était une de nos craintes en allant voir du Shakespeare. Ce spectacle pourrait être adapté pour un public de bas âge comme pour des personnes plus âgées, il a donc un côté familial qui nous a plu.

La tempête ou la voix de vent est donc un spectacle à ne pas rater, musicalement et visuellement, interprété par des acteurs très talentueux. L’histoire est peut-être un peu mise de côté, cependant, la manière dont cette pièce a été adaptée reste une œuvre que nous avons apprécié regarder.

Le Misanthrope

Anne nous raconte « son » Misanthrope

Le mercredi 19 novembre, 5 jours après avoir assisté à une représentation scolaire du Misanthrope, au Théâtre des Osses, la classe a eu le privilège d’un bel échange avec Anne Schwaller, la metteuse en scène.  Rassurés par la très bonne lisibilité du spectacle, les élèves ont sans difficulté embarqué dans l’univers de cette stimulante mise en scène. Attentifs à bien des détails, et interpelés par plusieurs des propositions, ils ont pu, grâce à la bienveillante disponibilité de Mme Schwaller, revenir sur divers aspects de ce spectacle.

Voici un très bref résumé des choses abordées. Entre parenthèses, nous vous indiquons où, dans le minutage de la bande son, vous pouvez aller écouter l’entier du propos. (Vous pouvez aussi, bien sûr, vous dispenser de cette lecture et aller directement à l’intégralité du document sonore).

[00’00’’] Pour commencer, Anne retrace son parcours, de collégienne à directrice de théâtre.

[03’19’’] Elle parle ensuite du travail de mise en place du Misanthrope : le processus un peu administratif avec son projet sur 3 saisons, donc 16 pièces, qu’elle a déposé auprès du théâtre des Osses, puis le choix de reprendre des acteurs avec lesquels elle aime beaucoup travailler, et enfin le travail de scénographie, commencé un an et demi avant la première.

[07’41’’]  Puis, Anne évoque les difficultés qu’elle a pu rencontrer lors de la mise en scène en elle-même.

[11’42’’] Elle raconte comment les scènes ont évolué au fil des répétitions, certaines ont été déclinées en plus de 30 versions. La scène entre Célimène et Arsinoé a été l’une des plus compliquées. 

[17’11’’] Anne parle ensuite du lien entre ses mises en scène, la place qu’y tiennent ses idées féministes et notre société actuelle.

[20’10’’] Puis elle explique son choix de rajouter des personnages à certaines scènes, comme lors du sonnet d’Oronte ou lors du bal au début.

[23’36’’] Puis elle détaille comment elle a su trouver l’équilibre entre une mise en scène du XVIIe siècle et une mise en scène plus contemporaine.

[26’31’’] Elle s’attarde sur le rôle comique de Du Bois, un personnage drôle déjà dans le texte de Molière, auquel elle se teint rigoureusement. Elle ajoute que ce personnage a pour but d’amener de la légèreté pendant la scène où Alceste et Célimène se disputent. [07/0’00’’]

[28’27’’] Ici, Anne évoque son choix de “Wild Life”, de Paul McCartney, comme musique diffusée par la radio lors de l’arrivée de Célimène.

[30’25’’] Puis Anne revient sur les ajustements éventuels à opérer : reculer les portes en plastique, et que le public puisse mieux voir le reflet des comédiens dans le miroir du bas.

[32’17’’] Elle justifie son choix de confiner les acteurs dans un petit espace,

[34’27’’] et celui de positionner une chaise dos public.

[36’09’’] Elle développe son rapport aux accessoires en évoquant la scène où Célimène se moque de tout le monde.

[38’27’’] Puis Anne parle du travail de l’éclairagiste dans le choix des couleurs par actes.

[41’56’’] Ensuite, Anne développe son choix des costumes, en lien avec le fait de mélanger les époques.

[43’02’’] Finalement, Anne décrit la place centrale qu’occupe le féminisme dans son travail : Alceste n’est pas le héros de l’histoire, elle lui préfère une femme forte.

Presque Hamlet

Par Esther Becquart et Joanne Grand

Presque Hamlet au TKM

Le mois prochain, le Théâtre Kléber-Méleau à Renens déroulera son tapis de scène pour accueillir Presque Hamlet, un ovni théâtral considéré comme un manifeste artistique intemporel, comme nous l’indique une page à ce sujet dans l’agenda culturel romand sur le site des Actualités culturelles romandes. Nous nous y rendrons le 16 décembre, guidées par la curiosité et un soupçon de perplexité devant ce titre volontairement approximatif : « presque », certes… mais à quel point ? Si, comme nous, l’idée de rencontrer un Hamlet qui n’en est peut-être pas tout à fait un vous titille l’esprit, sachez que la pièce se jouera au TKM du 10 au 21 décembre 2025. Avec un peu de chance, vous en ressortirez éclairés — ou délicieusement plus confus encore.

Presque Hamlet se présente comme une sorte de conférence-spectacle, inspirée d’une œuvre datant de plus de 400 ans dont les enjeux résonnent encore aujourd’hui, grâce au talent du metteur en scène et scénographe britannique Dan Jemmett. Sur scène, le jeu est confié à un seul comédien aux multiples facettes : le Suisse romand Gilles Privat. Après avoir incarné certains des plus grands rôles du théâtre français — d’Arnolphe à Cyrano de Bergerac — il se consacre au théâtre anglais… mais pas pour la première fois ! Créée il y a 25 ans, la pièce offre aujourd’hui au public le plaisir de la REdécouvrir.

Nous avons choisi d’aller voir Presque Hamlet, car la pièce faisait écho à notre lecture estivale de Hamnet de Maggie O’Farrell. Le roman raconte l’amour familial, mais aussi le chagrin, en mettant en scène la mort d’Hamlet, l’enfant de William Shakespeare et de sa femme Anne Hathaway. Le dramaturge aurait déposé son chagrin sur le papier, et de cette peine serait née la pièce Hamlet. Ce roman nous a touchées et a animé notreintérêt pour Shakespeare.

Le spectateur peut s’attendre à une représentation pleine de surprises, où l’humour aux éclats subtils se mêle à un rapport original au public, dans un véritable hommage à l’art burlesque, comme on peut le lire dans un dossier de presse du site Equilibre-Nuithonie. Nous sommes impatientes de voir comment Gilles Privat parviendra à incarner seul une multitude de personnages. Espérons que ce solo se transforme en triomphe plutôt qu’en tragédie…

Totalement Hamlet

Après quelques jours mouvementés, rythmés par les évaluations et les dernières courses de Noël, nous étions enfin prêtes à donner notre avis sur Presque Hamlet, mis en scène par l’Anglais Dan Jemmett. Contrairement à notre cher Hamlet, nous n’avons pas hésité longtemps et avons réussi à trouver le théâtre TKM, malgré le véritable labyrinthe qui y menait. L’attente nous permit d’admirer l’intérieur du bâtiment, somptueux et majestueux : avec sa décoration, on se croyait déjà à la cour du Danemark, prêtes à assister à une tragédie royale.

Installées au milieu de la salle, nos places nous offraient une vue d’ensemble parfaite. Peu à peu, les lumières s’éteignirent et l’obscurité enveloppa la salle, tandis qu’une douce musique classique s’élevait, créant une atmosphère mystérieuse. Un homme à l’air hagard, une chandelle à la main, apparut alors sur scène. Réveillé en pleine nuit par une force mystérieuse, il appelait quelqu’un ou quelque chose sans relâche avant de disparaître dans les ténèbres. Lorsque les lumières se rallumèrent, le décor se révéla dans toute sa simplicité et son efficacité : côté jardin, un piano ; côté cour, une petite table de jardin avec une dinette ; et, au fond, trois pans de rideaux rouges en velours disposés en arc de cercle, rappelant subtilement la majesté de la scène élisabéthaine.

Un homme vêtu d’un smoking vintage fit ensuite son entrée : Gilles Privat, seul interprète de tous les rôles de la pièce. Il se présenta comme un professeur venu exposer ses recherches très sérieuses sur la pièce de Shakespeare. Avec un humour fin et subtil, il démontra — à l’aide d’un théorème aussi absurde qu’improbable — que Hamlet serait l’égal de la mort. Rapidement, le chercheur fut rattrapé par le Spectre, et la frontière entre analyse savante et fiction théâtrale s’effaça. La pièce prenait alors un tour à la fois comique, étrange et poétique, emportant le spectateur dans un univers où tout semblait possible.

Dès ce moment, la mise en scène s’enchaîna en une succession de scènes aux rythmes et aux couleurs variés, où tragédie et humour se mêlaient habilement. Gilles Privat passait d’un personnage à l’autre avec une énergie impressionnante, modulant expressions, voix et attitudes en quelques secondes, tel un acteur antique changeant de persona. Sa virtuosité et sa présence scénique captivaient, et l’on comprenait vite pourquoi il fut pensionnaire de la Comédie-Française : son talent seul suffisait à donner vie à l’ensemble de la pièce.

Selon nous, pour apprécier pleinement Presque Hamlet, il est préférable d’avoir déjà lu la pièce de Shakespeare. Certaines références, brèves et parfois subtiles, peuvent facilement échapper au spectateur non averti. Même avec une connaissance générale de la tragédie élisabéthaine, il est parfois frustrant de ne pas saisir toutes les allusions. Le caractère absurde de la mise en scène séduira certains spectateurs, mais pourra en laisser d’autres perplexes, comme ce fut notre cas. Néanmoins, il s’agit d’une interprétation très poétique d’Hamlet, jouant habilement sur les émotions du public et mêlant humour, réflexion et émotion avec un équilibre surprenant.

En définitive, Presque Hamlet est une expérience théâtrale singulière : à la fois drôle, absurde et touchante, elle transporte le spectateur dans un univers où l’imagination et le talent d’un seul comédien suffisent à recréer tout un monde. C’est une invitation à redécouvrir Shakespeare sous un angle inattendu, où la poésie côtoie la folie et où le rire surgit au cœur même de la tragédie.

Mitosis : an LSD Opera

Par Clemens Wellensiek et Eduard de Morais

Un Opéra stupéfiant ?

“Mitosis : an LSD Opera” est une comédie musicale contemporaine, imaginée par la chanteuse et performeuse américano-zurichoise Brandy Butler. Les représentations auront lieu du 4 au 5 décembre au théâtre de Vidy à Lausanne.

Brandy Butler est connue pour mêler musique et performance dans ses pièces. Il y a par exemple “Der Erste Fiese Typ” (2019), où l’artiste, forte d’un Bachelor en Jazz Performance à la “University of the Arts” à Philadelphie, a composé la musique. Elle a aussi obtenu un Master en pédagogie vocale à la « Zürcher Hochschule der Künste » en Suisse. Celaveut dire que le chant sera sûrement omniprésent durant la pièce.

Nous avons choisi cette pièce en raison de l’originalité du titre : “Mitosis : an LSD Opera”. Le LSD est une drogue qui est utilisée dans certains cadres de traitement pour lutter contre la dépression. Comment peut-on la lier avec l’opéra, un art a priori associé à la musique, au spectacle et au bonheur esthétique ?

Mais pourquoi le LSD ? En juillet 2022, Brandy Butler a perdu sa mère, celle-ci avait beaucoup souffert face à la réalité de la fin de vie. La mort est un sujet qui l’a beaucoup fascinée : comment peut-on se préparer véritablement à mourir ? Est-ce que la solution est la drogue ? Telle est la question à laquelle le spectacle répondra.

 Nous nous attendons donc à une pièce atypique, émouvante, et bouleversante.

LSD Opera : la drogue dans la maladie

Après avoir vu Mitosis : an LSD Opera, nous étions bouleversés par le message de la pièce. Elle soulève des questions que l’on se pose rarement sur la mort comme “Comment réagir face à une maladie qui ronge non seulement le corps, mais aussi l’esprit ?” C’est précisément ce que raconte cette performance musicale : le LSD, une drogue, est mis en avant dans cette pièce, dont l’histoire originale est peu commune. Ici, la protagoniste, une femme vivant une jeunesse comme tout le monde, pleine de fêtes, d’alcool et de bonne humeur, se retrouve du jour au lendemain confrontée à un ennemi bien connu : le cancer. Elle a 44 ans. On va la suivre dans son périple jusqu’à sa mort et voir la difficulté qu’elle aura à l’accepter.

Les personnages étaient cinq sur scène : une femme incarnait le personnage principal, une autre la psychologue qui l’accompagnera jusqu’à la mort. La malade et la psychologue ne changent jamais de rôle. Les trois autres personnages, deux hommes et une femme plus âgée, changeaient de rôle simultanément. Avant le début de la pièce, ils étaient sur scène, en train de boire et de danser ; plus tard, ils jouaient les amis de la jeune femme, puis les infirmiers en oncologie, et enfin des patients prenant du LSD pour se détendre face à la mort. Nous avons trouvé leur jeu vivant et captivant.

En revanche, il y a eu certaines scènes avec ces personnages que nous n’avons pas appréciées. Nous trouvons que les cinq comédiens jouaient bien leurs rôles, même si certaines parties pouvaient être sujettes à discussion et pourraient choquer certaines personnes. Nous pensons notamment à un personnage masculin qui commençait à se déshabiller et à danser de manière érotique, ce que nous n’avons absolument pas compris ni apprécié, cela n’avait aucun rapport avec la pièce.

Toutes les paroles échangées entre les personnages étaient chantées, en anglais. La manière dont chantaient les comédiens s’adaptait parfaitement aux scènes jouées : ils prenaient un ton plus joyeux lors des moments où la bonne humeur et l’envie de vivre du personnage principal étaient encore présentes, surtout au début. Mais, à mesure que l’on avançait dans la pièce, les tons changeaient et la musique devenait toujours plus triste et mélancolique. Le fait que toutes les paroles soient chantées nous plongeait complètement dans l’histoire et nous emportait avec elle, car les comédiens chantaient très bien.

La scénographie s’articulait en trois parties. Au début, la jeune femme vit dans la bonne humeur, dans une chambre décorée comme un salon, où elle s’amuse avec ses amis, reflétant son insouciance. Ensuite, la pièce nous plonge dans une chambre d’hôpital avec un lit, symbolisant la gravité de sa maladie. Cette transformation nous a montré que du jour au lendemain, tout peut basculer. Enfin, dans la dernière partie, les murs se replient sur les côtés, illustrant le cœur oppressé par la peur de la mort. À la fin, lorsque la protagoniste meurt, les murs s’ouvrent à nouveau, laissant place à un sentiment de libération.

Le spectateur pouvait suivre le texte (en anglais et en français) sur deux écrans qui faisaient partie de la scénographie, il y voyait aussi des images. À la fin, quand l’héroïne meurt, un grand tissu blanc est déplié, sur lequel défileront tous ses souvenirs, ce sont les sept minutes avant la mort. Plusieurs photos de la défunte sont partagées, ainsi que des vidéos venant des réseaux sociaux, qui, à notre avis, voulaient montrer à quel point aujourd’hui ces réseaux prennent de la place et ont un impact dans nos vies.

Les lumières changeaient de couleur au fil des diverses parties du spectacle : lors de la première partie, où la protagoniste n’est pas encore atteinte du cancer, les lumières sont claires ; lorsqu’elle est atteinte du cancer, on remarque des lumières plus sombres, qui représentent, à notre avis, le trouble mental et l’obscurité d’esprit.

Pour conclure, Mitosis : an LSD Opera est une œuvre qui nous a marqué, car le lien avec la mort est fort, et nous nous étions vraiment projetés dans la vie du personnage principal, on vit sa maladie et sa mort avec elle. Cette pièce aide à comprendre le cancer et la mort, mais surtout à voir comment les personnes atteintes de cette maladie se sentent, surtout les jeunes personnes. Cette pièce soulève aussi des questions philosophiques : “À quoi sert la vie, si c’est pour mourir jeune ?”, “comment vivre pleinement, en sachant que la fin peut survenir à tout moment ?” Ce qui est arrivé à cette jeune femme peut arriver à n’importe qui à n’importe quel moment, même à nous.

La Distance

Par Joanne Grand et Sarah Schwendimann

L’Espace entre nous

Le théâtre de Vidy accueillera sur son plancher, du 13 au 23 novembre, la pièce La Distance, écrite et mise en scène par le très connu et talentueux Tiago Rodrigues, grande figure du théâtre contemporain.

Dans cette pièce, Adama Diop et Alison Dechamps joueront la fille et son père, séparés par des millions de kilomètres. En effet, l’intrigue se déroule en 2077 lorsque les humains auront su transformer les films de science-fiction en réalité : la moitié des hommes se sont désormais établis sur la planète rouge tandis que l’autre partie, fragile et précaire, est condamnée à errer sur la planète bleue. Les quelque 225 millions de kilomètres séparant le père et la fille représentent un obstacle quant à leur communication. Comment continuer à maintenir une relation quand autant d’étoiles que de kilomètres nous séparent ?

Cette pièce nous a intriguées, tout particulièrement en raison de son metteur en scène. Notre professeur de Français nous avait mentionné son nom après être allé voir Catarina et la beauté de tuer des fascistes. Nous avons trouvé son œuvre originale et notre professeur a réussi à éveiller notre curiosité.

En quelques clics, nous avons constaté la célébrité de Tiago Rodrigues puisque le Portugais est le président du festival d’Avignon ! Nous nous attendons donc à une grande performance. Nous espérons que la pièce abordera des thèmes actuels, comme le changement climatique, même si l’intrigue se déroule dans le futur. Nous nous attendons à être touchées car des millions de kilomètres ne sont pas nécessaires pour défaire des liens et mettre à mal une relation…  Nous sommes curieuses de savoir comment la pièce et sa configuration seront amenées et comment la relation entre le père et sa fille se développera.

Le 15 novembre prochain, nous nous envolerons pour Mars et ses déserts. Suivez notre odyssée, Terriens !

La plus grande distance, c’est l’oubli

Voilà un jour qui s’est écoulé depuis notre venue au théâtre de Vidy pour assister à la pièce La Distance. En rentrant chez nous, nous nous sommes senties chamboulées, bouleversées et un tas d’émotions faisaient tempête en nous, comme une tempête de sable sur la planète mars. Nous nous sentions tristes. Etrangement, nous nous sentions connectées avec les autres spectateurs. Il était réconfortant de voir des personnes chamboulées et, pendant une heure et demie, un lien s’est créé. Nous étions aussi apaisées, tout comme Ali, médecin resté sur terre, et père d’Amina, partie sur mars pour devenir une Oubliante.

En entrant dans la salle, la scène était plongée dans la pénombre, mais nous pouvions tout de même distinguer, au centre du plateau, un cercle de terre aride. Celui-ci était divisé en deux parties égales par un large arbre couché et un relief rappelant les collines martiennes. Le comédien Adama Diop, qui joue le père, se trouvait déjà sur scène, ce qui est plutôt inhabituel. Il était déjà immergé dans son rôle, serein, et écoutait un disque offrant aux spectateurs une ambiance de jazz.

Puis silence. La pièce débute. A ce moment-là, les lumières ne sont pas encore complètement éteintes, mais tamisées, avec des couleurs chaudes. Chaque spectateur attend avec impatience les mots du père. Il s’adresse à sa fille dans un message vocal, posant toute l’intrigue : sa fille s’est rendue sur mars, pour oublier le passé et se concentrer uniquement sur une nouvelle humanité. Tout comme le père, le spectateur se demande pourquoi. Dès la première réplique, nous sommes prises dans l’intrigue. Nous voulions absolument savoir. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi avoir quitté la terre pour s’embarquer dans une odyssée spatiale à la Ray Bradbury sans même prévenir son père. On apprend bien vite que sa fille est avant tout une jeune femme libre qui regarde encore plus loin que l’horizon, comme lorsque, petite, elle s’aventurait dans l’immensité de la mer sans prêter attention aux dangers du monde. Leur relation est tumultueuse et il n’a pas été nécessaire de quitter la terre pour créer une distance. Puis le cercle se met à bouger sur lui-même et nous faisons face à Amina et au décor martien. Toute l’intrigue est basée sur ces deux personnages qui sont si proches l’un de l’autre sur scène et en même temps séparés par des millions de kilomètres.

La vie sur mars est austère : aucun oxygène, aucune sortie libre en dehors de ces couloirs souterrains et, comme seule musique, un son de frigo comme un bourdonnement continu (que le spectateur entend tout au long de la pièce). A travers leurs échanges, les deux personnages se disputent sans même réellement s’écouter, pendant que la plateforme continue de tourner sur elle-même. L’un pose une question, l’autre ne répond pas. Le seul moment où la plateforme s’arrête de valser est lorsque la fille rêve de son père. Dans un moment suspendu, les limites physiques se brouillent et les deux s’étreignent. Même si cet amour est difficile, celui-ci est infini et constant.

 Il y eut aussi ce moment très fort où la terre et mars se trouvaient sur le même axe et que la communication entre le père et la fille allait devenir impossible. A ce moment-là, la scène tournait à toute vitesse, nous faisant ressentir le temps qui avait filé trop vite et qu’il était maintenant trop tard. Pour accompagner cette scène, un projecteur à lumière orange était braqué dans la direction des spectateurs. Presque éblouies, nous pouvions ressentir ce que les deux personnages vivaient.

Le jeu d’acteur était vraiment impressionnant ! Les deux personnages arrivaient à nous faire ressentir les mêmes émotions qu’eux, ce qui nous maintenait constamment dans l’intrigue. Le fait d’avoir une scène qui tourne devait être un vrai défi pour les deux acteurs et la production, mais tout était parfaitement exécuté, comme une danse.

La Distance est donc un réel succès autant du côté du contenu de la pièce, riche en émotions, qui thématise les liens familiaux (ici plus particulièrement le lien père–fille), que du côté du jeu d’acteurs renversant. Le spectateur n’en ressort pas indifférent et avec une petite larme au coin de l’œil. Si vous souhaitez aller voir la pièce (ce que nous vous recommandons), alors sortez les mouchoirs!

Adama Diop avant le commencement de la pièce

Toute Intention de nuire

Par Thelma Morel et Marine Siegenthaler

Procès d’une plume libre

La salle Nuithonie à Villars-sur-Glâne propose une pièce qui questionne la liberté d’écriture. Les représentations auront lieu du 13 au 15 novembre et c’est le talentueux Adrien Barazzone, qui a écrit et mis en scène ce procès : Toute intention de nuire.

C’est le titre du spectacle, débordant de suspens, qui a attiré notre regard et qui a titillé notre curiosité.

Le spectacle recèle une forme inhabituelle : il est la reconstitution du jugement qui oppose une auteure à un avocat. 

Le professionnel du droit commet l’erreur de livrer ses secrets à l’écrivaine. Quelque temps plus tard, il retrouve des échos de son histoire dans un livre récemment publié par celle-ci. Cela nuit non seulement à sa vie professionnelle, mais aussi à sa sphère personnelle. De là, s’ensuit une lutte juridique entre les deux protagonistes.

Ce sont les acteurs Alain Borek, Marion Chabloz, Mélanie Foulon, et David Gobet qui se livreront à l’interprétation de cette audience.

Ce spectacle plongera sûrement la salle dans un questionnement concernant les limites de l’expression en littérature : celle-ci a-t-elle tous les droits ?

Le pessimisme du titre nous met en garde : sachant qu’il s’agit d’une affaire juridique, qui sera la victime ? Celle qui, dans son roman, rabaisse l’homme de loi, ou celui qui accuse, potentiellement à tort, la femme de lettres ?

Nous nous attendons à un débat haut en couleurs et fort en émotions. Cela risque d’être aussi foisonnant de rebondissements qu’il y a de lois dans notre code civil. Nous avons hâte de découvrir comment Adrien Barazzone incorpore son mélange de finesse, de tension et d’humour dans cette enquête vivante.

Quel sera le verdict ?

Quand l’ironie prend le marteau du juge

Ce procès, qui devait opposer la liberté d’expression et la protection de la vie privée, met en lumière les conséquences que de simples suspicions peuvent avoir sur la vie de quelqu’un, ainsi que les responsabilités qui en découlent. Selon Alexandre, le personnage de Bel dans le roman « Marcher sans craindre le ravin » lui ressemble, autant sur le plan physique que moral. De plus le roman trahit le fait que Bel ne serait pas le véritable père de sa fille. Ce secret, appartient également à Alexandre. Il l’avait confié à Pauline, l’autrice, quelques années auparavant. Après avoir dévoré le roman et découvert la vérité, la fille d’Alexandre refuse de lui adresser la parole, et la femme de ce dernier demande le divorce. Il accuse donc l’écrivaine d’avoir dévoilé une partie de sa vie privée et d’être responsable de ces tensions familiales. Evidemment, Pauline dément les accusations. Il est difficile de trancher car la juge doit s’appuyer sur la Jurisprudence et tenter de faire apparaître la vérité, avec pour preuves de simples passages du roman et des témoins incapables de répondre aux questions.

A notre grande surprise, Adrien Barazonne a choisi de tourner la forme stricte d’un procès en une situation absurde. Tout était moqueries et caricatures, des caractéristiques qui ne trouvent habituellement pas leur place dans le domaine du droit. Pour illustrer ceci, nous avons relevé quelques exemples. Lorsque la juge a demandé à l’assemblée de s’asseoir, personne n’a daigné lui obéir, et la magistrate n’apportait, par exemple, pas d’importance au fait de devoir jurer de dire la vérité. L’avocat de la défense ne posait aucune question pertinente et était loin de se donner corps et âme pour défendre sa cliente. Les témoins n’offraient aucune réponse satisfaisante et préféraient s’étaler sur des sujets qui ne facilitaient nullement l’enquête. La juge et l’avocat ont même fini par échanger leur place, donnant l’impression que seuls l’accusée, Pauline Jobert, et le plaignant, Alexandre Badadone, se souciaient réellement de l’affaire.

L’immersion dans l’ambiance a été immédiate : aucune ouverture de rideau ou extinction de lumières ne pouvaient témoigner du début du spectacle, ce qui a éveillé notre surprise. Tels les jurés, nous étions toujours en lumière lorsque la juge a fait son entrée, suivie des différents partis, avant de préparer ses pièces à conviction et ses dossiers.

Quant au décor, il était très minimaliste. L’architecture était une copie de tribunal, agrémentée d’éléments abstraits : un squelette métallique habillé de planches de bois formait la base classique qu’on retrouve dans un palais de justice, ainsi que les éléments essentiels, tels que la barre des témoins. Des rideaux blancs pendaient derrière la structure, comme pour restreindre la scène.

Les jeux de lumières étaient peu présents, ce qui donnait une impression de monotonie. Sur toute la durée du spectacle, celle-ci se tamisait, nous emmenant doucement dans la fiction. Vers la fin, quelques projecteurs éclairaient les scènes se rapportant au livre de Pauline, avant de plonger les spectateurs dans le noir, pour inviter aux applaudissements. Selon nous, cela créait un parallèle entre la salle éclairée du début, représentant le domaine juridique, et la salle plongée dans le noir, illustrant une fin théâtrale.

Le son était également peu présent, excepté quelques bribes de musique lors des différents témoignages, ainsi qu’un chant italien, qui nous a paru étranger au contexte. 

Au terme du spectacle, les applaudissements ont accueilli les acteurs avec un enthousiasme troublé d’incertitudes, suite à l’omission du verdict. Nous sommes reparties en plein débat, aux vues de la tournure inhabituelle qu’avait ce procès. Nous avons aimé ce moment riche, satisfaisant, qui nous a fait beaucoup réfléchir.

Adrien Barazzone est connu pour sa capacité à maitriser l’ironie au sein de ses œuvres. En effet, nous avons retrouvé sa marque de fabrique tout au long de la pièce. Entre son texte humoristique et les personnages caricaturés, truffés de divers accents, de mimiques et d’une gestuelle exagérée et munis d’accessoires clichés : l’humour était au rendez-vous. Ce goût de la mise en scène dynamisait les monologues, le manque d’éléments découverts concernant l’avancée de l’affaire ainsi que la forme peu entrainante qu’on retrouve habituellement au tribunal.

Nous souhaitons souligner le remarquable jeu des différents acteurs, qui ont tous interprétés entre deux et trois rôles. Ces changements de personnages étaient marqués par des changements de costumes et d’accessoires, effectués sur la scène.

La pièce interroge la frontière entre l’intention et la responsabilité, montrant à quel point de simples suspicions peuvent bouleverser des vies. Elle met en lumière le poids du regard social et moral, qui peut condamner avant même qu’un verdict ne soit rendu.  En laissant ce procès sans conclusion, la pièce souligne l’ambiguïté de la justice et de la vérité, ainsi que la difficulté à trancher.

Ami(s)

Par Arthur Dumont et Antoine Auer

Là-haut sur la montagne…

« Ils sont deux, dans un téléphérique suspendu à un fil. L’un est une star. En pleine crise existentielle, il cherche le silence et un sens à sa vie. L’autre est un admirateur, ordinaire, invisible. Le hasard les réunit là, au-dessus du vide, au milieu des va-et-vient de skieurs huppés. Le hasard ? Pas sûr. Car le fan de la première heure est venu demander des comptes à celui qui l’a toujours ignoré… »

Ainsi commence le synopsis de Ami(s).

Nous avons choisi ce théâtre, Ami(s), car ce synopsis nous semblait intéressant et nous connaissions déjà les comédiens, Thierry Romanens, qui est à la radio, aux Dicodeurs, et Nicolas Rossier (un ancien du collège) qui a joué dans toute la francophonie et qui est une figure du théâtre suisse.

Nous pensons donc que ce théâtre aura de l’humour, de l’extravagance et qu’il saura nous étonner. En outre, ce « s » entre parenthèses, est intrigant : qu’est-ce que cela signifie ? Comment va-t-il être intégré à la pièce ?

Nous pensons que le « s » représente l’ambiguïté entre la vie d’une star et la vie quotidienne, où la vie d’une star est idéalisée. Et même un sentiment de proximité avec une star peut être ressenti. L’amitié peut donc être unilatérale ou bilatérale.

L’autrice de cette création est Yasmine Char qui a déjà reçu nombre de prix. Elle est née à Beyrouth et a vécu dans le monde avant d’arriver en Suisse en 1993. La metteuse en scène, Sandra Gaudin, est née à Lausanne et jouit d’une réputation qui s’étend au-delà de nos frontières. Le journal Le Temps écrit que ses spectacles sont des « jeux de société, avec leurs règles secrètes, leurs coups de dés providentiels, leurs trappes impromptues, leurs gambades surprises», ce qui titille notre curiosité. Nous attendons donc de confirmer cela.

Représentations : 6 et 7 novembre 2025, 20h00, durée : 1h20

Une télécabine qui monte… sans nous embarquer

Une télécabine est placée en milieu de scène. Elle y restera durant l’entier de la représentation. Bien qu’elle ne se déplace pas, des mesures sont prises pour donner le sentiment de mouvement au spectateur. La cabine peut effectuer des rotations autour de son centre, et un écran dans le fond de la scène a été disposé pour mimer son déplacement le long de sa remontée.

La lumière froide, très simple, éclaire entièrement la scène. Cette neutralité de la lumière reflète la froideur des personnages au début de la pièce ; en effet, ils ne se parlent pas pendant la première partie du spectacle. Ce n’est qu’à partir du moment où la cabine se stoppe que le jeu de lumière change, reflétant les actions des personnages. La lumière, tantôt froide quand les personnages se confessent, tantôt chaude quand les personnages sont heureux, projette alors des formes de couleurs sur le sol. Ce jeu des formes contraste avec le reste du temps, car c’est la première fois que la lumière change drastiquement. Ceci provoque chez le spectateur un agréable effet de surprise.

La pièce commence par un jeu sonore : la star est en train de téléphoner avec une voix qui grésille, puis la batterie se vide et la voix de l’acteur résonne. Ce petit effet, qui pourrait paraître anodin, installe une proximité entre le spectateur et le personnage en laissant la voix naturelle sans amplification. Ensuite, au moment de la panne, un interphone intervient et accentue l’étrangeté de la télécabine. Cet interphone devient alors le centre de l’attention, ce qui est souligné par une projection de la cabine sur le fond. Quand le guide chante, nous avons été surpris par cette arrivée inattendue du chant dans l’atmosphère posée jusqu’ici. Nous avons trouvé en outre que les différents effets sonores étaient trop amplifiés et que cela cassait la magie du spectacle.

Les protagonistes principaux sont vêtus pour l’un d’un accoutrement assez basique qui reflète une certaine aisance financière. L’autre porte des habits de montagne et un sac à dos qui contient des accessoires assez attendus. Cette différence de costumes nous a permis d’identifier rapidement les différences sociales entres les deux personnages. Les autres personnages sont apparus eux aussi presque caricaturés : avec un manteau de fourrure blanc pour l’une, et un accoutrement de snowboard pour l’autre. Selon nous, les différents accessoires étaient plutôt banals.

Malgré le discours et le message sur l’amitié qui a réveillé en nous un questionnement (qui sont nos véritables amis, qu’est-ce que la réussite dans la vie ?), nous demeurons mitigés quant à cette représentation : nous avons trouvé le début long et avons même décroché à plusieurs reprises.

Nous n’avons franchement pas compris la signification du « s » entre parenthèses. Nous n’avons que des hypothèses du type : nous n’avons qu’un véritable ami, ou « l’amitié ne va que dans un sens »…

L’extravagance attendue n’était pas au rendez-vous, ce qui nous a un peu déçus. La mise en scène était simple, et la pièce, de manière générale, paraissait presque trop simple. Nous avons parfois ri, mais l’humour était, au final, que très peu présent. Nous n’avons pas réussi à déceler les éventuelles subtilités de la pièce, ce que nous avons regretté.

In Bocca al lupo

Par Baptiste Rittener et Clemens Wellensiek

Entre crocs et frissons

Du 30 Octobre au 14 Novembre se jouera la pièce In bocca al lupo au théâtre de Vidy. Cette pièce abordera le sujet très délicat du loup en Suisse, entre le sauvage et l’élevage. Ce débat très actuel secoue la Suisse, les écologistes promouvant la santé de l’écosystème et les agriculteurs tentant de sauver leurs bêtes.

Le titre de la pièce, In bocca al lupo (dans la gueule du loup), est une expression utilisée en Italie dans le milieu du théâtre pour se souhaiter bonne chance avant de monter sur scène. On se jetterai dans la gueule du loup comme on se jette devant le public. Comme ce jeu de mots l’indique, cette pièce a pour but de fusionner le théâtre et la thématique du loup. La pièce inclura donc une installation vidéo, un médiateur transdisciplinaire, et d’autres éléments surprenants.

La metteuse en scène, Judith Zagury, a l’habitude de travailler avec des animaux. En collaborations, elle a amené sur scène plusieurs animaux avec Être Bête(s),un cheval avec Hate, et même deux poulpes avec Temple du Présent. Cette fois-ci, c’est en metteuse en scène qu’elle va tenter de créer cette connexion entre le monde animal et le monde des humains.

En 2017, Judith Zagury a créé ShanjuLab, un « laboratoire de recherche théâtrale sur la présence animale ». C’est un pôle de création artistique qui explore le contact avec les animaux sur les plans de l’éthique animale et de l’éthologie. Dans son espace à Gimel, vers Morges, le poulailler, le parc des chèvres, et celui des chevaux cohabitent avec le monde humain.

Ce n’est donc pas se créer de faux espoirs que de s’attendre à une présence animale sur scène, notamment des chiens de troupeau se baladant entre les câbles des ordinateurs. Ce sera sûrement très intéressant d’observer le comportement de chiens sur scène. Vont-ils aboyer lorsqu’une vidéo de loup sera diffusée? Comment vont-ils interagir avec les acteurs? Perdent-ils leurs repères sur ce lieu qui leur est étranger? Pour répondre à ces questions, rendez-vous à Vidy pour vivre une expérience unique en son genre !

Une pièce qui vous dévore de l’intérieur

La question du loup, sans doute une des plus épineuses et émotionnelles à laquelle la Suisse fait face, a été mise en scène au théâtre de Vidy dans In bocca al lupo. Très loin du théâtre classique, cette pièce peut être qualifiée de documentaire immersif dans le monde animal. Immersif au sens scénographique, avec des vidéos projetées à 360 degrés autour du spectateur, au sens physique, avec le public qui peut s’installer sur la scène, et au sens animal, avec la présence de trois chiens de troupeau.

Cette pièce est avant tout un véritable travail de recherche qui se veut le plus neutre possible. On passe en effet d’audios d’agriculteurs emplis d’émotion à un médiateur entre le monde animal et humain, puis enfin apparaît le loup lui-même. Cela permet vraiment au spectateur d’avoir une vue d’ensemble de la question. De plus, la journaliste qui tape en direct les informations sur le loup donne un côté encore plus factuel à ce sujet.

C’est également un chef d’œuvre au niveau cinématographique. Judith Sagury nous a confié avoir travaillé des heures et des heures pour sélectionner les images et les vidéos les plus pertinentes. Le résultat permet au spectateur d’observer, à travers les caméras, la vie animale. Les plans choisis sont remarquables : au lieu de filmer depuis le haut une vache tuée par un loup, la caméra part à quelques millimètres de la bête tuée et recule ensuite lentement jusqu’à ce que le public reconnaisse la carcasse. Cela ajoute un côté écœurant, c’est très bien pensé. Les caméras pièges permettent également de s’immiscer dans la nature et la vie des loups. Ceci permet au spectateur de voir les interactions au sein de la meute et avec d’autres animaux, comme les vaches ou les biches.

Ce qui rend cette pièce unique, c’est également la présence de chiens de troupeau sur scène. Cela pose des questions éthiques : pourquoi diabolise-t-on les loups et aime-t-on les chiens, alors que sur le plan biologique ils sont cousins ? Avons-nous le droit de les dresser les uns contre les autres ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées.

L’intérêt réside aussi dans le fait d’avoir introduit les chiens dans un environnement qui ne leur est pas naturel. Cela amène à des interactions intéressantes entre les chiens et les éléments qui les entourent, comme lorsque ces derniers aboient quand un loup passe à l’écran. Une tension est ainsi créée : on voit le loup approcher, un chien hurle, les autres le suivent, on se croirait véritablement dans une forêt. Les chiens ajoutent également une touche légère au spectacle qui aborde quand même une thématique lourde. Ils font sourire les visages des petits et des grands par leurs jeux et par leurs personnalités uniques qui rapprochent le monde animal au monde humain.

In bocca al lupo est donc une véritable réussite, car le sujet est abordé de manière neutre, sans aucun côté donneur de leçons. Contrairement aux tabourets, la pièce, très bien structurée, tient très bien debout. L’atmosphère singulière créée par Judith Sagary et son équipe immerge le public dans cet univers, de sorte que le spectateur n’en ressort pas indifférent.

Bovary Madame

Par l’ensemble de la classe

Toute la classe a assisté à la représentation du 25 septembre 2025. Les élèves en sont ressortis surpris, à la grande majorité agréablement.

Très attentifs au dispositif original qui enveloppe le spectateur, les élèves ont aussi été sensibles à la multiplicité des langages scéniques. Ils ont bien perçu comment les projections vidéo donnaient accès aux hors-scènes (coulisses, paysages, souvenirs…), comment elles permettaient d’exhiber des détails du plateau (la larme de Rodolphe), comment elles doublaient et complétaient le spectacle vivant (la chevauchée d’Emma), ou encore comment elles multipliaient les points de vue (la calèche). Ils ont aussi relevé combien les rôles traditionnels étaient « floutés » : les personnages se faisaient parfois spectateurs des scènes et, à l’inverse, certains spectateurs devenaient acteurs d’un tableau.

Voici, en vrac, et sur un canevas grammatical convenu, leurs réactions de lecteurs du roman confrontés à cette proposition dramaturgique :

« J’avais lu l’entier du roman et j’ai préféré la pièce au livre : c’était plus léger, moins long que dans le livre. » (Julie)

« J’avais lu tout le livre et j’ai apprécié comment ils ont montré le côté ridicule du personnage de Charles, ainsi que le côté orgueilleux et risible de Rodolphe. J’aime aussi la fin où Emma continue de vivre au lieu de mourir. » (Joanne)

« J’avais lu quasiment tout le livre et j’ai beaucoup aimé comment certaines scènes, comme celle des comices, ont été retranscrites. » (Marine)

« J’avais lu les deux premières parties et j’ai trouvé les scènes avec Charles très fidèles au livre : il était ridicule et parlait doucement, comme je l’imaginais. » (Eduard)

« J’avais lu les deux premières parties du livre et j’ai trouvé que le spectacle correspondait bien au livre. J’ai beaucoup aimé ce spectacle, même si la fin était un peu longue. » (Sarah)

« J’avais lu les deux premières parties. Si on lit le livre sans y prêter vraiment attention, on passe à côté de plein de sous-entendus qui sont bien représentés dans le spectacle, souvent exagérés, ce qui apporte beaucoup d’humour. » (Thelma)

« J’avais lu les deux premières parties et j’ai été agréablement surpris par l’accessibilité de la pièce, pièce que j’ai trouvée plus entraînante que le roman. » (Julien)

« J’avais lu la moitié du roman et j’ai adoré le spectacle. J’ai su retrouver des citations du livre, ce que j’ai trouvé génial. » (Antoine)

« J’avais lu jusqu’à la scène des comices et j’ai trouvé que le roman prend vie dans le présent. Les représentations que l’on se fait sont tout à fait similaires aux tableaux qu’on voit (par exemple, la maison des Bovary). » (Esther)

« J’avais lu jusqu’aux comices agricoles et j’ai beaucoup aimé retrouver l’opposition entre réalisme et romantisme. » (Baptiste)

« J’avais lu la première partie et j’ai trouvé la pièce complètement abordable : sans avoir lu, on comprend tout. J’ai aimé la pièce pour son originalité et sa diversité. » (Candice)

« En sortant du spectacle, j’étais content, parce que ça faisait longtemps que je n’avais plus tellement ri durant une pièce de théâtre. » (Clemens)

« Je n’avais pas commencé à lire le roman et j’ai beaucoup aimé le spectacle. » (Arthur)